À Louvain, deux quartiers offrent aux citoyens la possibilité de repenser leurs systèmes de chauffage

Sur la voie de la neutralité climatique d’ici 2030, la ville de Louvain (BE) transforme rues et quartiers en communautés intégrées pour une chaleur durable.


À propos

Date de publication

07 avril 2026

À Louvain (Belgique), la transition énergétique n’est pas un concept non tangible, elle prend forme dans les rues, les habitations et au sein des groupes qui composent la ville.

Deux quartiers, très différents par leur caractère, ouvrent la voie : la rue Constantin Meunierstraat, déjà existante, et le nouveau quartier De Boomgaard. Ensemble, ils illustrent comment les villes peuvent repenser le chauffage non plus seulement à l’échelle individuelle, mais comme un système partagé et collectif.

Au cœur de ces deux projets se trouve une alliance : la Ville de Louvain, les habitants et usagers locaux, la coopérative citoyenne d’énergie ECoOB et l’université KU Leuven. Chacun apporte une pièce du puzzle : politiques publiques, participation, expertise technique et innovation. Ensemble, ils construisent une Communauté Énergétique Locale (CEL) dynamique qui redéfinit la manière dont l’énergie est produite, partagée et gouvernée.

De Boomgaard : construire un quartier autour du soin et de l’énergie

Dans le quartier De Boomgaard, en périphérie de Louvain, l’avenir se construit dès les fondations. Deux nouveaux immeubles résidentiels, conçus pour 36 personnes ayant des besoins en soins, sont en cours de réalisation, avec une livraison prévue pour 2027. Mais au-delà des briques et du mortier, c’est un projet bien plus ambitieux qui prend forme : un quartier où soins, communauté et énergie propre sont étroitement imbriqués.

Ici, l’énergie est intégrée au projet dès le départ. Géré par la coopérative citoyenne ECoOB, un concept est mis en place combinant pompes à chaleur, panneaux solaires et réseau de chaleur local au sein d’une infrastructure collective.

Au lieu que chaque ménage gère sa propre énergie, les habitants deviennent membres d’un système partagé. Grâce à un modèle « Energy-as-a-Service », ils bénéficieront d’une chaleur renouvelable et abordable, sans avoir à gérer la complexité technique sous-jacente.

Ce qui rend ce système particulièrement innovant, c’est son « intelligence ». Un système de contrôle prédictif (Model Predictive Control – MPC) analyse en continu les prévisions météorologiques et les prix de l’électricité pour décider quand stocker ou utiliser l’énergie. Les jours ensoleillés, la chaleur est stockée pour plus tard. Lorsque les prix de l’électricité augmentent, la consommation est réduite. Le résultat : un système qui s’optimise discrètement, améliorant le confort des habitants tout en maîtrisant les coûts.

Et l’histoire pourrait dépasser les limites du site. La CEL explore la possibilité de partager la chaleur excédentaire avec les habitations voisines, faisant de De Boomgaard un petit mais puissant pôle énergétique pour le quartier environnant.

Constantin Meunierstraat : transformer une rue existante

De l’autre côté de la ville, dans la rue historique C. Meunierstraat, le défi est tout autre. Ici, il ne s’agit pas de construire du neuf, mais de transformer l’existant. Alors que la rue est réaménagée pour devenir plus verte et plus agréable à vivre, une seconde transformation est prévue sous terre.

Sous la surface, un réseau de chauffage géothermique est en préparation, l’un des premiers du genre en Belgique. Grâce au stockage thermique en forage (BTES), la chaleur sera extraite du sol, valorisée via des pompes à chaleur centrales, puis distribuée à environ 200 ménages, ainsi qu’à une école et potentiellement à un hôpital. Pour les habitants, cela signifie quelque chose de simple mais puissant : remplacer les chaudières à gaz par une alternative collective et plus propre.

Mais parvenir à ce résultat est loin d’être simple.

Installer un tel système dans un quartier dense et historique nécessite une coordination étroite avec d’autres travaux d’infrastructure, une conception technique précise et une attention constante au confort des habitants. Cela demande également de la flexibilité afin que le système puisse évoluer au fil du temps en fonction des besoins.

À bien des égards, la rue C. Meunierstraat constitue un test : un environnement urbain complexe peut-il réussir sa transition vers un chauffage collectif renouvelable ?

Plus que des infrastructures, une nouvelle manière de coopérer

Ce qui relie ces deux projets n’est pas seulement la technologie, c’est la gouvernance.

Tous deux reposent sur un partenariat étroit entre la ville, les citoyens, des experts de soutien et la coopérative citoyenne. Ensemble, ils explorent des terrains encore peu balisés : comment utiliser l’espace public pour des infrastructures énergétiques, comment organiser l’exploitation à long terme, et comment garantir l’équité dans l’accès et la tarification.

Les réseaux de chaleur sont des engagements sur le long terme, souvent sur plusieurs décennies. Cela signifie que les décisions prises aujourd’hui, en matière de propriété, de contrats et de responsabilités, façonneront le système pour des générations.

Faire de la transition énergétique un projet collectif et inclusif

Si la technologie constitue un défi, l’implication des habitants en est un autre. Certains groupes, comme les propriétaires bailleurs, les ménages vulnérables ou les groupes sous-représentés, sont plus difficiles à atteindre. Pourtant, c’est précisément ce qui donne du sens à ces projets. Ils ne visent pas seulement à réduire les émissions, ils cherchent à construire des systèmes inclusifs et équitables.

Pour aider les municipalités à relever ce défi complexe, nous avons récemment publié un nouveau module de formation sur les communautés énergétiques inclusives et équitables. D’une durée de moins de deux heures, il est conçu pour aider ces communautés à intégrer l’inclusivité et l’intersectionnalité dans leurs projets énergétiques.


Ce qui se passe à Louvain n’est pas une expérience isolée — cela s’inscrit dans une évolution plus large à travers les villes européennes. De plus en plus, les villes repensent la manière dont les systèmes énergétiques sont conçus, gouvernés et partagés. Comme le montrent des exemples précédents à Strasbourg (France), Utrecht (Pays-Bas) et Dublin-Balbriggan (Irlande), la transition se rapproche des lieux de vie des citoyens : à l’échelle des quartiers.

À mesure que davantage de municipalités explorent des solutions pour décarboner le chauffage, la question n’est plus de savoir si des solutions collectives vont émerger, mais comment les mettre en œuvre de manière efficace et équitable. Louvain apporte une partie de la réponse. Et, avec d’autres villes pionnières, elle contribue à construire une feuille de route commune vers des systèmes énergétiques neutres pour le climat, résilients et portés par les citoyens.