Droits au logement : défis et solutions à la Métropole Européenne de Lille 

La Métropole Européenne de Lille appelle à une action forte pour développer le logement abordable sans compromettre nos engagements environnementaux


 

La Métropole Européenne de Lille fait face à des demandes de logement importantes, 6 200 logements par an, sur un territoire très étendu (672km2) qui regroupe des pôles urbains et des communes rurales. L’accès au logement est donc très difficile pour les ménages aux revenus intermédiaires et modestes qui sont particulièrement nombreux sur la Métropole de Lille. Il est donc essentiel de trouver des solutions pour des logements très abordables.  

Nous avons échangé avec Anne Voituriez, la Vice-présidente au logement et à l’habitat de la Métropole Européenne de Lille, pour comprendre comment ce membre d’Energy Cities fait face et quelles sont ses attentes au niveau européen. 

Quels sont les besoins en logement actuels sur la Métropole Européenne de Lille? Quels facteurs accentuent cette crise du logement ? 

Les besoins en logements sur la métropole européenne de Lille ont été estimés à 6200 logements par an pour la durée du nouveau Programme Local de l’habitat 2022-2028. Aujourd’hui la crise de l’immobilier implique une baisse importante des autorisations de construire qui ont baissé de 30% en 2024 par rapport à 2023. Cette baisse drastique de la production globale de logement a de forts impacts sur la production de logement social dont les autorisations se situent à la moitié des objectifs (2300 par an) depuis 2 ans. La cherté du foncier et l’augmentation des coûts de la construction viennent accentuer la crise et rendent de plus en plus difficile l’équilibre des opérations de construction. 

 


Housing rights: Metropolis of Lille’s challenges and solutions_Zhu-Yunxiao_Unsplash

Comment la Métropole Européenne de Lille tente-t-elle de répondre à cette crise du logement ?  

La MEL développe plusieurs axes dans sa politique de l’habitat pour soutenir la construction. En 2024 c’est plus de 9 millions d’euros qui ont été distribués pour soutenir la construction neuve et 5 millions d’euros pour la réhabilitation des logements sociaux

L’aide au logement des plus défavorisés est bien entendu un axe politique fort mobilisant plus de la moitié du budget total mais le logement social en Prêt Locatif à Usage Social (PLUS) est aussi aidé à hauteur de 2 millions d’euros avec le développement de primes exceptionnelles permettant d’équilibrer les opérations les plus complexes et présentant des couts particulièrement importants. 

L’accession sociale n’est pas non plus oubliée puisque près de 2 millions d’euros notre budget lui ont été consacrés pour financer les opérations en Prêt Social Location Accession (PSLA) et en Bail Réel Solidaire (BRS) et permettre l’accession à la propriété des classes moyennes à des prix inférieurs maximums de 2900€ le m² à comparer au niveau moyen de prix du logement neuf qui dans notre métropole s’établit autour de 4 500 €. 

En plus, de l’impératif de répondre à ce besoin urgent de logement, il y a aujourd’hui un impératif écologique. La France est l’un des seuls pays à avoir mis en place un règlement contraignant pour lutter contre l’artificialisation des sols et à avoir un objectif de sobriété dans sa stratégie énergétique nationale. Comment est-ce que vous intégrez la question de la sobriété foncière et énergétique à la politique de logement sur la Métropole de Lille ?  

La sobriété foncière et le renouvellement urbain font partie de l’ADN de la politique d’aménagement de la MEL. Cela est dû à la configuration particulière de notre territoire composé de très nombreuses friches industrielles qui ont été peu à peu reconquises depuis la fin des années 90. Aujourd’hui ces prescriptions sont inscrites dans la loi et font partie de notre cadre réglementaire repris dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) : nous disposons de 400 hectares de nouveau fonciers pour développer de l’habitat sur les 10 prochaines années. 

C’est un défi d’autant plus important pour notre territoire marqué aussi par la présence de 29 communes gardiennes de l’eau sur lesquelles on doit préserver nos nappes phréatiques ce qui implique d’ores et déjà l’interdiction de toute extension urbaine. Les opérations de renouvellement urbain sont donc nécessaires mais aussi plus couteuses et plus longues à développer. C’est pourquoi nous développons une série de mesures pour accompagner les opérateurs allant du soutien aux opérations complexes jusqu’à une action foncière permettant à la MEL de porter le foncier par un bail et permettre à l’opérateur immobilier de concentrer ses fonds au développement de son opération. 

Nous avons un Commissaire européen, Dan Jrgensen à l’énergie, qui pourra la première sera aussi en charge du logement. Il sera en charge de rédiger un plan pour logement abordable et durable. Quels messages souhaiteriez-vous lui faire passer ?  

Dans la MEL, nous constatons aujourd’hui que de plus en plus de ménages sont en attente de logements sociaux. Nous constatons une véritable décorrélation du revenu des ménages et du coût du logement depuis le début des années 2000. Notre métropole présentant un profil de ménages particulièrement modestes ce décrochage nous paraît encore plus important à traiter.  

Alors que pour la première fois un Commissaire Européen est en charge de la question du logement et que tous, Collectivités et Entreprises, faisons face à la difficulté de plus en plus grande de nos concitoyens à se loger, nous avons besoin d’actes forts pour rénover le parc existant et développer le logement abordable. En effet, ces actions indispensables coûtent cher et deviennent difficiles à développer dans un contexte inflationniste d’augmentation des taux d’intérêt et de raréfaction de l’argent public.  

Je demanderai donc au Commissaire comment on pourrait construire ensemble des dispositifs simples pouvant permettre de réduire les couts de construction et le cout final pour le ménage par exemple en permettant l’accès à un crédit bonifié.  

Toutes les actions sont bienvenues dans l’objectif de permettre à nos concitoyens de se loger dignement dans le respect de nos engagements environnementaux.  

Nous avons des leviers d’action sur les bâtiments vacants, sur la rénovation des logements existants et sur les aides permettant le développement des logements à destination des classes moyennes.  

J’espère de tout cœur que l’Union Européenne adoptera des mesures nous aidant à mettre en œuvre une politique du logement efficace et durable


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