Les prix de l’énergie flambent, les factures aussi… encore.
La Présidente de la Commission Européenne a bien résumé les enjeux devant le Parlement européen, nous devons impérativement : produire l’énergie dont nous avons besoin ; taxer beaucoup moins l’énergie propre et investir dans l’électrification massive.
Pour ces trois objectifs, elle proposait le lendemain, au Sommet de Paris sur l’énergie nucléaire, l’utilisation des garanties bancaires européennes pour financer le déploiement de petits réacteurs. Elle avait aussi annoncé quelques semaines plutôt la création d’une future banque pour la décarbonation de l’industrie avec les revenus ETS… qu’elle avait aussi promis pour financer une partie du futur budget européen. …
Pour rappel, les revenus issus des marchés de quotas à polluer (ETS : Emission Trading Scheme) sont une source non-négligeable pour les budgets publics. Si les industries dépendantes des énergies fossiles dans leur processus de production (chimie, acier, plastique…) ont demandé haut et fort des quotas gratuits[i] ; les États qui disent les soutenir ne veulent pas se passer des revenus que génère cette ‘taxe’. Donc la réforme promise par la Commission Européenne aura un équilibre difficile à tenir. Pour donner un ordre de grandeur, pour la France, cette taxe génère 2 milliards de revenus pour 2026 et presque 5 milliards pour la Pologne.
La Présidente a aussi rappelé, toujours dans le même discours, que les prix intègrent le cout de la production, certes, mais aussi celui de la distribution, et donc des réseaux. Or de nombreuses interconnections entre pays sont manquantes, les congestions sur le réseau électrique conditionnent l’installation de nouveaux data-centers, le développement de l’économie. En décembre, la Commission Européenne, dans ses « mesures sur les réseaux européens» proposait d’allouer 25% des « revenus de congestion » pour financer les interconnections énergétiques. Ces mesures prévoient aussi de faciliter l’implantation de nouvelles capacités de production en réduisant les délais d’obtention de permis et en particulier les règles environnementales. En appliquant un nouveau principe de « first ready, first served » contre celui existant de « first come, first served » pour les accès aux réseaux, on imagine que les géants numériques auront plus de capacités à être prêts à se connecter que des projets plus petits….
En résumé : vite, vite, vite, mais aussi les gros, très gros en premier, les petits, on verra plus tard.
Par ce lot de décision, la Commission met en valeur :
Or, ce lot de décisions menace l’Europe, ses emplois et son tissu économique.
C’est toute la société qui doit se débrancher des énergies fossiles. Si l’on créé une banque de la décarbonation de l’industrie, où est le « Fonds de décarbonation » du reste de la société ? Que fera-t-on pour les petites et moyennes entreprises qui constituent la très grande majorité des emplois et du tissu économique européen ?
Plusieurs États européens s’insurgent contre ce focus industriel ; il est profondément injuste et territorialement inégal. Financer la décarbonation en fonction de la dépendance de l’économie dans son ensemble aux énergies fossiles serait plus judicieux. Définir les priorités d’investissements dans les infrastructures énergétiques sur la base des besoins d’un territoire donné serait plus économe et constituerait une bien meilleure allocation des ressources.
[i] le droit de polluer sans couts additionnel pour faire face à la concurrence de pays ou l’énergie est beaucoup moins chère