Après une année 2025 mouvementée, qui a mis l’Europe à rude épreuve, 2026 s’annonce comme une année décisive pour maintenir la transition écologique du continent sur les rails et pour garantir que les acteurs locaux se retrouvent aux commandes. Plus fondamentalement, elle mettra à l’épreuve la capacité de l’Europe à continuer de porter une vision crédible et désirable de l’avenir — ou, au contraire, à se replier sur elle-même, en renonçant à ses valeurs fondatrices et à l’audace qui a longtemps façonné son projet.
Voici où 2025 nous a laissés, ce qui se profile pour 2026, et comment Energy Cities entend contribuer à remettre l’Europe sur une trajectoire porteuse d’avenir pour toutes et tous, en partant des territoires.
L’année 2025 a été marquée par une accumulation de tensions géopolitiques et économiques. Face à la guerre à ses frontières, au retour d’un Trump imprévisible bouleversant les relations internationales, et à la montée des forces nationalistes dans de nombreux États membres, l’Union européenne a répondu par un resserrement du contrôle. Dans sa volonté d’afficher une « Europe plus forte » et d’affirmer son autorité dans un contexte instable, la Commission européenne a engagé un mouvement de concentration des pouvoirs et de « simplification ».
Cette dynamique s’est traduite par une centralisation accrue de la prise de décision dans de nombreux domaines, de l’infrastructure énergétique — comme en témoigne le récent paquet sur les réseaux électriques — à la planification des investissements, avec la proposition de cadre financier pluriannuel pour 2028-2034. Présentée en juillet dernier, cette proposition renforce la mainmise de la Commission et des États membres sur le budget de l’UE, tout en reléguant largement les collectivités locales et régionales à un rôle dépendant des arbitrages nationaux.
Dans ce nouveau contexte, le Pacte vert européen a cessé de jouer le rôle de boussole politique centrale, éclipsé par des préoccupations géopolitiques. L’action climatique n’a pas disparu, mais elle a été reformulée et intégrée sous les prismes de la sécurité, de la compétitivité et de l’accessibilité financière. Les défenseurs du Pacte vert se sont efforcés de traduire les politiques climatiques dans le langage de la souveraineté européenne et de la puissance industrielle, avec des résultats contrastés.
Si cette relecture a permis de préserver juridiquement certaines composantes du Pacte vert et d’en poursuivre la mise en œuvre, elle a aussi ouvert la voie à des affaiblissements et à des reculs. Les récentes initiatives dites « omnibus » — des textes législatifs modifiant simultanément plusieurs lois européennes au nom de la simplification — ont déjà fragilisé les règles en matière de durabilité des entreprises et de protection de la nature.
Pour les collectivités locales, ces évolutions ont renforcé une pression déjà forte. La centralisation aux niveaux européen et national s’est accompagnée de budgets en baisse, de tensions sociales accrues et d’une érosion de la confiance politique. Les municipalités sont sommées de faire davantage — en matière d’énergie, de logement, de mobilité ou de cohésion sociale — tout en disposant de moins de moyens et de reconnaissance stratégique.
Dans plusieurs pays, des programmes régionaux de soutien à l’action climatique locale, parfois anciens et structurants, ont été supprimés, affaiblissant les capacités locales au moment même où les exigences de mise en œuvre s’intensifient. Si de nombreuses villes abordaient 2025 avec des plans solides, de l’expérience et une dynamique positive, l’année les a laissées évoluer dans un environnement plus contraint, où les responsabilités dépassent de plus en plus les capacités.
À première vue, 2026 pourrait passer pour une année de transition, coincée entre les bouleversements du début du mandat européen en 2025 et un cycle électoral chargé dans plusieurs États membres en 2027. Mais c’est précisément ce qui en fait une année stratégique. De nombreuses décisions majeures de l’UE en matière d’énergie, de climat et d’investissement seront négociées ou lancées en 2026, et elles détermineront non seulement le rythme de la transition écologique, mais aussi les acteurs chargés de la concevoir et de la mettre en œuvre.
L’énergie demeure au cœur des priorités politiques européennes. Les enjeux de sécurité, la pression sur les prix et la nécessité de sortir définitivement du gaz russe dominent toujours l’agenda. Cette focalisation comporte à la fois des risques et des opportunités. Mal orientée, la réponse énergétique de l’Europe pourrait ancrer de nouvelles dépendances aux énergies fossiles et renforcer des systèmes centralisés. Pensée de manière stratégique, elle peut au contraire accélérer le déploiement des énergies renouvelables locales, de l’efficacité énergétique et des solutions de flexibilité.
Dans ce contexte, Energy Cities entend saisir les opportunités qui s’ouvrent pour défendre une Europe capable de retrouver son autonomie en ancrant sa transition — et plus largement son avenir — dans les communautés locales.
Les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (2028-2034) structureront largement l’année 2026. Alors que la Commission souhaite conclure l’essentiel des discussions avant une année 2027 politiquement sensible, marquée notamment par l’élection présidentielle française, le risque est que la recherche de rapidité se fasse au détriment de l’équilibre territorial. Les propositions actuelles dessinent un budget fortement centralisé, dans lequel les villes et les régions sont largement absentes.
Aux côtés de sept autres réseaux réunis au sein de la Local Alliance, Energy Cities se mobilisera pour garantir une place réelle et structurante aux collectivités locales et régionales dans le futur budget européen. Cette bataille se jouera à la fois à Bruxelles et dans les États membres, où les positions nationales seront déterminantes.
La mobilisation devra être collective et multiscalaire. Les actions de plaidoyer devront aussi être menées au niveau national. Nos membres pourront bientôt s’appuyer sur une « boîte à outils de mobilisation » (bientôt disponible) et découvrir comment s’engager lors de notre webinaire du 12 février.
La Commission devrait présenter en mars 2026 un paquet sur la sécurité énergétique, comprenant notamment la très attendue stratégie sur le chauffage et le refroidissement, ainsi qu’un acte sur l’électrification.
Energy Cities défendra une approche fondée sur la planification locale, l’efficacité énergétique et la chaleur renouvelable. Nous plaiderons pour des politiques qui donnent aux municipalités les moyens de gérer la congestion des réseaux, de développer la flexibilité et le stockage, et de déployer des énergies renouvelables décentralisées et citoyennes. L’objectif est clair : faire de l’énergie produite localement le pilier de la sécurité et de l’indépendance énergétiques de l’Europe.
Le nouvel objectif climatique pour 2040 entraînera, au second semestre, une révision en profondeur du cadre européen climat-énergie. Le passage de « Fit for 55 » à un paquet « Fit for 90 » rouvrira des textes clés, notamment sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les bâtiments.
Energy Cities s’attachera à défendre l’intégrité des règles existantes dans la directive sur les énergies renouvelables (RED), la directive sur l’efficacité énergétique (EED) et la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD), afin qu’elles continuent de soutenir la mise en œuvre locale et des solutions centrées sur les citoyens. Affaiblir ces cadres reviendrait à fragiliser précisément les acteurs chargés d’atteindre l’objectif climatique de 2040.
Parallèlement au paquet sur l’Union de l’énergie, la révision du règlement sur la gouvernance, prévue pour le second semestre 2026, constitue une opportunité majeure de réorientation. Bien conçue, elle pourrait libérer des capacités d’investissement au niveau local et mieux aligner les plans nationaux sur les réalités territoriales.
Energy Cities plaidera pour des mécanismes de gouvernance cohérents avec l’action locale, permettant aux villes de planifier des transitions de long terme avec des moyens adaptés, et pour des mesures encourageant des politiques de sobriété.
Alors que les impacts du changement climatique s’intensifient, 2026 sera également une année clé pour l’approche européenne de l’adaptation et de la résilience. L’UE devrait avancer sur un cadre intégré d’évaluation des risques climatiques et de résilience, avec des conséquences importantes sur la manière dont les risques sont identifiés, hiérarchisés et traités dans les territoires.
Energy Cities, en lien avec la Convention des maires de l’UE et la Local Alliance, veillera à ce que ce cadre repose sur les réalités locales et les capacités de mise en œuvre. Les villes et les régions sont en première ligne face aux impacts climatiques ; elles doivent donc disposer des ressources, des données et de la flexibilité nécessaires pour anticiper les risques et protéger les populations.
Enfin, le contexte politique actuel appelle un retour aux fondamentaux. Si l’on veut continuer à donner aux villes les moyens de décider de leur avenir, il faut protéger ce qui rend cela possible : la démocratie locale. Face aux menaces croissantes qui pèsent sur la démocratie en Europe, l’UE renforce ses actions, notamment à travers des initiatives comme le Bouclier pour la démocratie et la conception du nouveau programme de financement Agora.
Energy Cities œuvrera pour faire reconnaître les collectivités comme gardiennes de la démocratie européenne, en mettant en lumière les liens entre capacités locales, gouvernance participative et résilience démocratique. En s’appuyant sur des exemples concrets de gouvernance locale innovante, nous explorerons comment ces modèles peuvent être déployés à plus grande échelle en Europe, et comment les politiques et financements européens peuvent les soutenir.