5 ans après l’Accord de Paris: Mission (im)possible?

Nous analysons pour vous les dernières évolutions des politiques européennes dans le "Quoi de nEUf ?"


Petit rappel des promesses de l’Accord de Paris

« Il est temps de passer à l’action » – « Les villes sont plus que jamais mobilisées pour l’action climatique » – « C’est maintenant qu’il faut agir » : comme on pouvait s’y attendre à l’approche de la date anniversaire d’un tel événement, les déclarations et les appels à l’action de la part d’initiatives urbaines, ONG, entreprises progressistes et autres acteurs se sont multipliés à travers le monde. Que ces appels soient suivis d’effets restent à voir, mais ils ont le mérite de nous rappeler l’Accord de Paris et sa promesse « de maintenir l’augmentation de la température mondiale à un niveau bien inférieur à 2°C et de poursuivre les efforts pour limiter encore davantage l’augmentation de la température à 1,5°C». Sommes-nous en bonne voie de tenir cette promesse au regard de la trajectoire actuelle ?

Les chiffres n’incitent pas à l’optimisme

Si l’on regarde de plus près les chiffres, nous sommes encore loin d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Le graphique ci-dessus de l’Observatoire du Mauna Loa à Hawaii montre clairement que 5 ans après la signature de l’Accord de Paris, le taux de CO2 atmosphérique continue d’augmenter – plus 11 % depuis 2000 –  et que nous sommes loin d’observer une inversion de la tendance. La baisse des émissions liée à la pandémie mondiale de COVID-19 ne devrait concerner que l’année 2020, et ne permettra pas d’infléchir la trajectoire.  En outre, les récentes projections de l’Agence européenne pour l’environnement, du GIEC et du  Programme des Nations Unies pour l’environnement montrent que nous sommes toujours sur une trajectoire qui conduit à un réchauffement d’au moins 3°C de la température mondiale au cours de ce siècle.  

Quelques lueurs d’espoir à horizon

Si les chiffres actuels ne laissent présager rien de bon quant au devenir de l’Accord de Paris, tout espoir n’est pas perdu.  En effet, plusieurs événements pourraient réduire considérablement l’écart par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris. De l’autre côté de l’Atlantique, la victoire de Joe Biden et sa promesse de faire entrer les Etats Unis dans le club des pays visant zéro émission nette pourrait avoir un impact significatif, même si la prudence reste de mise après la nomination de conseillers favorables aux énergies fossiles en tant que responsables de la politique climatique. En Asie, les récentes promesses d’atteindre zéro émission nette de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud pourraient, combinées aux nouvelles ambitions américaines, conduire à une action climatique à l’échelle mondiale qui permettrait  de limiter la hausse de la température à 2°C. Et en Europe, les institutions européennes sont sur le point de porter à 55 %  l’objectif de réduction des émissions de GES d’ici 2030. Tous ces développements ont conduit la célèbre plateforme Climate Action Tracker a déclaré que l’Accord de Paris marquait bel et bien un « tournant ».  

Les pièges à éviter pour aller de l’avant

Une trajectoire vers un réchauffement de 2°C au lieu de 3°C semble déjà plus encourageante mais reste insuffisante pour prévenir les pires conséquences du changement climatique. Même si l’objectif de 1,5°C est souvent perçu comme un idéal qui semble hors de portée, nous ne pouvons-nous permettre de ne pas tout mettre en œuvre pour tenter d’y parvenir. En outre, nous devons dépasser l’éternel débat entre ce qui est scientifiquement recommandé et ce qui est considéré comme politiquement faisable en termes de réduction des émissions, de passage des combustibles fossiles aux énergies renouvelables et de réduction de nos besoins en énergie et en ressources afin de tenir compte des limites de notre planète. Et surtout, au sortir de la pandémie de COVID-19, il ne suffit pas de revenir à la normale, à savoir au monde d’avant. Si nous devions tirer une leçon de cette gigantesque crise sanitaire et socio-économique engendrée par la pandémie, c’est que notre modèle de société basé sur les énergies fossiles, l’extraction et le gaspillage était tout sauf normal, et ne nous permet pas de construire un avenir compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris pour la génération actuelle et celles à venir.

Permettre aux collectivités de faire leur part

Quel est le rôle des collectivités dans tout cela, que peuvent-elles faire pour que, de mission impossible, l’Accord de Paris devienne justement possible ? Pour certains réseaux de villes, la solution passe par l’obligation pour les villes de présenter chaque année un rapport extrêmement détaillé, la mise en avant des mêmes villes pionnières et la fixation d’objectifs dépassant largement les ambitions nationales et supranationales. Mais cela ne permet pas de se concentrer sur ce qui est vraiment essentiel pour que la transition énergétique locale puisse réellement contribuer à la réalisation de l’Accord de Paris. Il convient avant tout de mettre en place une approche différenciée qui tienne compte des potentiels et besoins des collectivités, quels que soient leur taille, leur état d’avancement et leurs conditions de départ. On ne saurait en effet obtenir un réel impact en permettant aux seuls Louvain, Amsterdam et Stockholm d’aller encore plus loin. Il s’agit au contraire de donner aux milliers de petites et moyennes villes d’Europe, qui sont rarement mises en avant et sont souvent au tout début de leur processus de transition, les moyens de planifier et de réaliser des centaines de petits projets qui, collectivement, auront un impact déterminant. Il s’agit également pour les collectivités d’obtenir les moyens de devenir des facilitateurs d’action sur leur territoire, de construire des partenariats avec leurs parties prenantes et de permettre aux initiatives citoyennes de changer le tissu social de manière positive.

L’UE a en main tous les éléments pour permettre aux villes de jouer leur rôle dans la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris. Des instruments tels que EU City Facility ont déjà commencé à porter leurs fruits. Mais ce n’est qu’en développant massivement ces instruments, de sorte que toute ville européenne puisse en bénéficier de manière durable et dans une optique de transformation, que les collectivités pourront réellement contribuer à soutenir la mise en œuvre de l’Accord de Paris pendant qu’il en est encore temps. Car si nous ne le faisons pas maintenant, alors quand ?

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Date de publication

16 décembre 2020