Inspirées par l’exemple de la ville de Gand, les Rues Vivantes de Rotterdam, appelées « Rues de Rêve », ont vu le jour en 2015. Elles se définissent comme des initiatives de citoyens et/ou d’organisations professionnelles pour faire de la rue, de la place ou du quartier un endroit agréable pour se rencontrer et jouer, en mettant en œuvre des mesures temporaires ou permanentes.

Un processus intersectoriel pour créer des Rues de Rêve

Le projet Rues du Rêve se déroule dans le cadre du « fonds Citylab010 pour l’innovation locale » (2015-2018), d’un montant annuel total de trois millions et demi d’euros. Tous les services municipaux participent au programme. Avec CityLab010, la municipalité de Rotterdam a pour objectif de générer et de soutenir des initiatives qui contribuent à s’attaquer à plusieurs sujets actuels, tels que le développement durable, l’économie, le sport et la culture. Grâce à CityLab010, un fonds de subvention est disponible pour les propositions d’initiatives locales pouvant être soumises.

Pour chacune des Rues Vivantes ayant vu le jour jusqu’à présent à Rotterdam, une équipe inter-services dédiée composée de 5 à 7 fonctionnaires se réunit régulièrement avant et pendant la mise en place de chaque Rue Vivante. Ils conseillent les habitants sur leurs plans d’action et les aident à mettre le projet en place. Les Rues Vivantes sont gérées par le service de l’Urbanisme avec une forte implication du service de la circulation et du service de maintenance.

Le processus de mise en place de Rues de Rêve à Rotterdam est le suivant :

  • Les initiateurs d’une nouvelle rue de rêves doivent prend contact avec un conseiller en rues de rêves de la ville de Rotterdam. Il les aide à définir leur plan et les présente à l’équipe interdépartementale (« équipe Kendoe ») qui les conseille sur leur plan et le budget. Elle vérifie également que les activités prévues sont conformes à la réglementation. Cette équipe se réunit une ou deux fois et aide à améliorer le projet en plus de fournir son soutien et ses suggestions. Ce processus prend généralement quelques mois. Ensuite, la Rue Vivante soumet sa proposition de financement par le programme Citylab010.
  • La proposition définitive est évaluée par le chef de projet des Rues Vivantes. L’équipe inter-services formule les conditions de financement et la Rue Vivante reçoit un contrat de subvention. Durant le projet, les fonctionnaires aident et conseillent si nécessaire. Cela signifie que dans certaines Rues Vivantes, l’administration municipale est très impliquée, tandis que dans d’autres, elle l’est beaucoup moins. Dans les deux cas, il existe de nombreux moments formels et informels où les habitants des Rues Vivantes et les fonctionnaires se rencontrent, car les fonctionnaires assistent souvent aux événements des Rues Vivantes.
  • Après la mise en place du projet, chaque Rue Vivante soumet un rapport financier et narratif relatant des résultats. Ensuite, les fonctionnaires et les habitants discutent ensemble des mesures temporaires qui pourraient être maintenues, ou devenir permanentes. L’évaluation est également effectuée par les initiateurs de la Rue Vivante, en utilisant parfois du matériel de surveillance acheté par la municipalité, mais en se basant aussi sur une analyse qualitative.

Les activités dans les Rues de Rêves et leur impact dans les rues et la municipalité

13 Rues de Rêve ont vu le jour entre 2015 et 2017, couvrant des sujets tels que l’amélioration de la sécurité routière et de la cohésion sociale, la construction de lieux de jeux et de rencontres permanents, l’écologisation des jardins collectifs. La plupart des Rues Vivantes existent sur une durée d’un an durant laquelle sont organisées plusieurs activités, principalement au printemps et en été, quand il fait beau. La catégorie sociale la plus représentée est celle des personnes au niveau d’éducation élevé. Cependant, certaines Rues Vivantes sont créées dans des quartiers aux niveaux socio-économiques variés, où une organisation professionnelle est nécessaire pour élaborer le plan et mettre en place le projet avec les citoyens. Les rues de rêve ont des impacts divers. Premièrement, elles apportent davantage de cohésion sociale dans les rues, et un sentiment accru d’appropriation de l’espace public par les résidents. En outre, ces expériences, avant d’investir dans des mesures permanentes, permettent à la municipalité de mieux comprendre ce qui fonctionne le mieux dans la rue pour augmenter le nombre de rencontres et les jeux. Certaines mesures deviennent alors permanentes, telles que la réduction du nombre de places de parking, la création de bancs, de petites aires de jeux et des lieux de rassemblement. Ces initiatives ont également aidé à redéfinir le rôle de la municipalité en se posant ces questions : comment coopérons-nous avec les citoyens ? Qu’attendent-ils de nous ? Sommes-nous capables d’expliquer la réglementation municipale relative à l’espace public, et comment pouvons-nous contourner les règles sans les enfreindre ?

Défis à venir

La réussite de l’expérience à Rotterdam a soulevé un certain nombre de questions :

  • Comment faire face aux mesures temporaires et permanentes ? La plupart des mesures permanentes concernent l’installation de parcs à vélos, de bancs et de terrains de jeux. Comme il s’agit d’un espace public, l’administration de la ville devrait mettre en place ces mesures, car les citoyens ne sont pas autorisés à le faire eux-mêmes. Cependant, les mesures permanentes nécessitent un budget qui n’est pas toujours disponible. Certaines solutions ont alors été trouvées par les résidents, par exemple via le financement participatif.
  • Comment gérer les initiatives prises par des organisations professionnelles ? Les professionnels présentent également leurs projets à la municipalité (comme les architectes, les urbanistes) et trouvent des citoyens pour s’y joindre. Alors, comment faire en sorte que les citoyens s’approprient les projets ? La municipalité considère alors qu’au moins 10 résidents de la rue devraient signer la proposition afin qu’elle soit acceptée.
  • Une grande diversité : tout n’est pas une Rue de Rêve ! À Rotterdam, il existe une grande diversité d’initiatives qualifiées de Rues Vivantes. C’est aussi un risque, car toutes les initiatives locales ne sont pas des Rues Vivantes. Que faire de toutes ces propositions ?
  • Est-ce que nous « gâchons » nos rues de rêve ? Une Rue de Rêve peut recevoir une subvention pouvant atteindre 40 000 euros. L’effet positif est que de véritables changements peuvent être apportés, mais un effet négatif est que cela peut nuire à la créativité.
  • Dans quelle mesure encourageons-nous les initiateurs à mobiliser leurs voisins et à obtenir leur soutien ? Certains initiateurs, notamment dans les quartiers aux niveaux socio-économiques variés, ont du mal à approcher tous leurs voisins et à les impliquer dans le projet. Quel type d’aide l’administration municipale pourrait-elle leur apporter ?
  • Quand l’aide mise en place pour soutenir l’initiative est-elle suffisante pour continuer et sinon, comment régler le problème d’un soutien insuffisant ? La plupart des rues vivantes sont créées par des personnes au niveau socio-économique élevé. Dans les quartiers les plus faibles socialement et économiquement, les professionnels écrivent et soumettent les propositions et impliquent les citoyens dans la mise en place du projet.