L’agence internationale de l’énergie (IEA) vient de publier son ‘État de la politique énergétique 2026’, qui cette année se penche à point nommés sur les politiques en matière de sécurité énergétique depuis 50 ans. Nos interdépendances n’ont cessé de grandir et l’agence prévoit que cette ultime crise sera plus sévère que les trois précédentes combinées (1973, 1979 et 2022) ! Je ne suis pas sûre que nous prenions la mesure de la magnitude de cette crise qui ne nous a pas encore touché·es…
On y apprend aussi que depuis 2019, les budgets publics pour les politiques énergétiques ont plus que doublé…
Cette semaine, les Commissaires se sont réunis en séminaire exceptionnel pour discuter de cette crise sans précédent. Les équipes qui travaillent sur le paquet « sécurité énergétique » attendu pour fin mai sont vraisemblablement mobilisées pour faire des propositions de gestion de crise, une « boite à outils » à l’attention des Etats membres. Parmi ces outils : la taxation temporaire des superprofits des entreprises énergétiques après une demande pressante de 5 pays, que l’on n’a pas l’habitude de voir ensemble sur les questions économiques (Espagne, Allemagne, Italie, Autriche, Portugal).
Dans chaque pays, les gouvernements essaient tant bien que mal de contenir le mécontentement qui gronde avec des mesures d’urgence. L’Irlande a fait face à des blocages de raffineries par les usagers ; le secteur agricole est prêt à se mobiliser partout… et seule l’Espagne a réagi immédiatement avec un plan de grande ampleur de 5 milliards d’Euros. Il n’est pas possible de continuer à réagir en ordre dispersé. Il est clairement temps de partager une vision commune pour le système énergétique européen, et pour la société dans son ensemble, et de clarifier les étapes qu’il reviendra à chacun·e de mettre en œuvre.
Il y a encore trop de prises d’otage des citoyen·nes et petites entreprises dans des débats qui sont censés être trop complexes pour les petits acteurs. Les opérateurs de distribution ne font pas confiance aux usagers qui pourraient déstabiliser le système. Les institutions européennes qui ont permis le déploiement des énergies renouvelables décentralisées et des communautés énergétiques, aujourd’hui ne voient leur rôle que dans les interconnexions des infrastructures et chimères technologiques (désolée, mais quel est l’intérêt d’une banque pour l’hydrogène alors que nous devrions massivement investir dans le solaire sur tout le territoire pour subvenir aux besoins locaux?). Nous devons avoir un débat ouvert, rétablir la confiance, et ne plus se cacher derrière nos centrales (nucléaires ou autre)…
Il faut déployer, déployer, déployer les solutions économiques qui existent. Et ce n’est pas nécessairement un rôle uniquement pour les Etats membres ; il est aussi nécessaire que l’Union européenne propose un cadre positif, il reste encore des blocages qui nécessitent clarification. Dans une étude que nous venons de publier, nous analysons le rôle des acteurs locaux dans le système énergétique au-delà de la simple production-distribution. Pour construire un système résilient, un système économiquement plus pertinent, plus agile, également plus rapide à mettre en place, nous proposons des pistes de politiques publiques concrètes qui devraient permettre avec des services de flexibilité mieux articulés et de stockage au niveau local, de considérablement renforcer le système dans son ensemble.
Il est très urgent, et c’est peu de le dire, d’avoir des discussions honnêtes sur les enjeux, sur ce qui vient, sur ce que chacun, chacune, chaque municipalité peut faire maintenant et dans le moyen terme. Seules des actions coordonnées et une réponse collective à cette « master-crise » peuvent garantir nos droits !