Coup de froid sur le budget européen

Edito politique


À propos

Date de publication

15 octobre 2026

Il n’y a pas que les températures qui descendent en ce début d’automne. Le futur budget européen aussi. Depuis des mois, tout le monde attend les propositions du Conseil européen présidé par l’Irlande, pendant qu’au parlement la cacophonie prédomine, avec des signaux contradictoires suivant les différentes Commissions en charge. L’avantage de la proposition irlandaise publiée le10 octobre est de donner une solution globale. De chercher le compromis entre les « frugaux » (emmenés par l’Allemagne et avec l’Autriche, la Finlande, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark) et les « amis de la cohésion » (17 pays). Donc vous pouvez compter, 4 pays ne sont dans aucun bloc.

Qu’a donc proposé l’Irlande ?

Une coupe de 8% de la proposition de budget de la Commission européenne sans toucher à l’agriculture et la politique régionale, diminuant principalement la recherche et l’action extérieure (et aussi tous les autres programmes comme Agora EU)…
Le calendrier est serré, l’objectif étant normalement d’arriver à un accord du Conseil pour la fin de l’année afin de rentrer en négociation avec le Parlement et la Commission.

Arrêtons-nous un instant sur le choix des mots

Les « frugaux » ne sont pas comme leur nom l’indique, des adeptes de la sobriété dans un monde aux ressources finies, mais plutôt des techno-solutionnistes qui souhaitent massivement investir dans la recherche industrielle (parce que le programme de recherche reste très lié à l’objectif de compétitivité). Ils ont choisi l’appellation « Frugaux » pour ne pas dire « contributeurs nets » et c’est cette position de contributeurs qui leur donne un poids énorme dans les négociations. Le Fonds de compétitivité, très important pour eux,  est dédié massivement aux innovations de leur tissu industriel.

L’autre bloc a choisi de s’appeler « amis de la cohésion », c’est positif, c’est gentil, et oui clairement, une partie des Fonds aide les régions les plus défavorisées. C’est une des politiques européennes la plus ancrée, c’est aussi le Fonds social européen qui irrigue tous les territoires mais c’est surtout la politique agricole commune. Tout dans le même sac …l’agriculture, pourtant, ne créé pas intrinsèquement de la cohésion….

La bataille n’est donc pas entre la rigueur budgétaire de pays nordiques et les défenseurs d’une d’Europe où les disparités régionales seraient réduites. C’est plutôt une bataille de défense du tissu industriel et économique qui diffère selon les pays (l’agro-alimentaire étant un secteur parmi d’autre). Et comme peu de pays ont une industrie de la défense développée, ou que celle-ci constitue un important secteur de main-d’œuvre, c’est cette ligne budgétaire qui est la plus touchée par les réductions dans la proposition du Conseil.

La réaction des « Frugaux », ne s’est pas faite attendre, « la proposition irlandaise est un compromis du XXieme siècle » …soutenir l’agriculture et les régions, c’est du passé ! L’innovation technologique c’est l’avenir. Cela serait peut-être vrai dans un monde stable, , mais le XXIième siècle semble nous dire que la résilience devrait être notre boussole pour toutes les politiques publiques, et pour cela un secteur n’est pas plus nécessaire qu’un autre à partir du moment où il contribue à répondre à nos besoins vitaux (alimentation, santé, logement, eau, énergie). De plus, dans cette proposition, le budget ‘flexibilité’ pour aider les pays touchés par tous types de catastrophes a été fortement réduit. Pourtant après l’été 2026, il semblerait bien que nous ayons besoin de budget pour réparer, rebondir…

Sur l’échiquier des négociations, les positions commencent enfin à se dessiner, pourtant, l’issue n’est pas claire du tout.
Qui du fou, ou du Roi, fera la prochaine ouverture.
En espérant que la transition et la résilience de nos sociétés, ne finissent pas échec et mat.