L’UE se dote enfin d’un plan pour électrifier l’Europe : les collectivités locales seront indispensables à sa réussite

Le nouveau Plan d’action européen pour l’électrification va dans la bonne direction, mais il devra donner une place plus importante aux collectivités locales.


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Date de publication

17/07/2026

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Energy Security Package

Ces derniers mois ont rappelé avec force les risques liés à notre dépendance aux énergies fossiles. Les conflits géopolitiques ont fragilisé les approvisionnements énergétiques et provoqué une flambée des prix, tandis que les vagues de chaleur se multiplient sous l’effet du changement climatique. Pour l’Union européenne, une conclusion s’impose : il est urgent d’accélérer la sortie des énergies fossiles.

L’électrification, alimentée par des énergies renouvelables, constitue l’un des principaux leviers de cette transition. Pourtant, si le déploiement des renouvelables progresse en Europe, le rythme de l’électrification reste insuffisant. Depuis une dizaine d’années, la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie stagne autour de 23 %, alors que d’autres régions du monde accélèrent leur transition. Cette situation freine la réduction durable de la consommation d’énergies fossiles et expose les Européens à des hausses récurrentes des prix de l’énergie.

La Commission européenne vient enfin de présenter son Plan d’action pour l’électrification, avec un objectif ambitieux : porter la part de l’électricité à 46 % de la consommation finale d’énergie de l’Union d’ici à 2040, soit un doublement du niveau actuel.

Nous saluons cette initiative, qui intervient à un moment décisif. Le Plan trace une trajectoire claire pour renforcer la sécurité énergétique de l’Europe en remplaçant progressivement les énergies fossiles, en rendant l’électricité plus compétitive et plus abordable, en favorisant le déploiement des technologies électriques et en accélérant le développement des réseaux.

Dans notre récent rapport, illustré par des données et des exemples concrets, nous montrons que les collectivités locales jouent un rôle déterminant dans la construction d’un système énergétique plus résilient, plus abordable et plus décarboné, fondé sur les énergies renouvelables, l’électrification, la décentralisation et les solutions de flexibilité sans recours aux énergies fossiles.

Ce que nous saluons : faire de l’électricité le choix le plus économique

L’un des principaux atouts du Plan est de s’attaquer à l’un des freins majeurs à l’électrification : le coût de l’électricité. La Commission reconnaît que la transition ne pourra s’accélérer que si l’électricité devient la solution la plus avantageuse pour les ménages, les entreprises et les collectivités.

Aujourd’hui encore, dans la plupart des États membres, l’électricité est davantage taxée que le gaz. Cette situation décourage l’adoption des pompes à chaleur et d’autres équipements électriques. Pour y remédier, la Commission propose de revoir la fiscalité de l’énergie et de fixer un calendrier clair pour la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles. Deux mesures essentielles pour rétablir des conditions de concurrence plus favorables à l’électricité.

Le Plan prévoit également plusieurs dispositifs visant à réduire les coûts d’investissement liés à l’électrification. Il ouvre notamment la possibilité pour les États membres d’appliquer un taux réduit de TVA sur certains équipements, tels que les véhicules électriques, les pompes à chaleur ou les batteries domestiques, et annonce la publication de lignes directrices sur les dispositifs de location sociale.

Une avancée majeure : un soutien concret aux plans locaux de chauffage et de refroidissement

Le soutien apporté aux collectivités en matière de planification du chauffage et du refroidissement constitue l’une des avancées les plus positives du Plan. Même si ce sujet n’en est pas le pilier central, la Commission reconnaît le rôle essentiel des réseaux de chaleur et des solutions collectives pour limiter les contraintes pesant sur les réseaux électriques.

Le Plan prévoit ainsi un accompagnement financier destiné aux collectivités afin de les aider à élaborer les projets d’investissement nécessaires à la mise en œuvre de leurs plans locaux de chauffage et de refroidissement, désormais obligatoires en vertu de la législation européenne.

Nous plaidons depuis longtemps pour la création d’un dispositif dédié, inspiré du modèle de financement en cascade de l’European City Facility, afin d’aider les villes à transformer leurs stratégies locales en projets suffisamment matures pour attirer des financements. Nous nous réjouissons que cette proposition ait été entendue. La Commission prévoit désormais de mobiliser l’European City Facility pour soutenir spécifiquement le financement des plans locaux de chauffage et de refroidissement.

Le projet pilote devrait accompagner 180 plans dès l’année prochaine, avant une montée en puissance visant 1 000 plans locaux prêts à être financés.

Le principal angle mort : le rôle des collectivités dans la planification des réseaux électriques

La Commission identifie également un autre obstacle majeur à l’électrification : les limites physiques des réseaux électriques, qu’il s’agisse de la congestion, des difficultés de raccordement ou du rythme insuffisant de leur développement.

Le Plan prévoit de faciliter l’extension des réseaux et d’encourager les gestionnaires à mieux associer les parties prenantes à leur planification. Toutefois, il passe largement sous silence un acteur pourtant indispensable : les collectivités locales.

Or, répondre aux contraintes des réseaux suppose une planification étroitement coordonnée à l’échelle des territoires. Les gestionnaires de réseau planifient les investissements et les raccordements, tandis que les collectivités élaborent les politiques locales en matière de climat, d’aménagement du territoire, de chauffage et de refroidissement, de mobilité ou encore d’urbanisme. C’est l’articulation de ces différentes planifications qui conditionne le développement concret de l’électrification.

Comme le résume notre expert en politiques publiques, Mathieu Bourgeois :

Les collectivités savent, grâce à leur planification territoriale, à quoi ressemblera l’électrification de leur territoire. Encore faut-il que les gestionnaires de réseau puissent garantir les capacités nécessaires pour l’accompagner.

Les collectivités sont par ailleurs chargées de délivrer une grande partie des autorisations indispensables au développement des réseaux électriques. Une coordination beaucoup plus étroite entre collectivités et gestionnaires de réseau est donc indispensable.

Enfin, notre rapport souligne également leur rôle dans le développement de la flexibilité sans énergies fossiles, notamment à travers les marchés de flexibilité, les signaux tarifaires ou d’autres mécanismes permettant d’adapter la consommation électrique. Si le Plan mentionne ces outils comme leviers de réduction des coûts, il sous-estime leur contribution à la réduction de la congestion des réseaux et à la limitation des besoins d’investissement dans de nouvelles infrastructures.

Et maintenant ?

Le Plan d’action pour l’électrification ne prend pas encore pleinement en compte cette dimension territoriale. D’autres échéances permettront toutefois à la Commission européenne de la renforcer, notamment lors de la révision de la directive sur les énergies renouvelables prévue cette année.

Comme l’a rappelé l’Electrification Alliance, un plan d’action ne constitue qu’une première étape. Pour produire des effets concrets, il devra se traduire par des propositions législatives ambitieuses et par des mesures nationales adaptées. Le futur paquet législatif sur l’Union de l’énergie constituera un test décisif de cette ambition.