La démocratie de l’action

Edito politique par Claire Roumet


Je me souviens d’un discours d’Ada Colau, Maire de Barcelone, s’adressant aux participant·e·s venu·e·s du monde entier pour le premier sommet des « Villes sans peur » (Fearless Cities) en 2017. Ce n’est pas tant les idées fortes qu’elle a exposé qui m’ont marquées, mais la forme du discours. La forme en adéquation avec le fond, le postulat de départ de tout son engagement : tout est politique. En féminisant toute la grammaire de son discours, elle remettait en cause les conventions de langage. Une évidence. En Espagne, des collectifs citoyens ont dirigé des villes pendant un mandat, et partout ils se sont attachés à déconstruire ces conventions qui sont le reflet des inégalités. Ils ont eu la rigueur de ne pas faire de différence entre les petits et les grands changements ; ils ont gardé la même boussole éthique pour toutes les décisions.

L’approche de Grenoble, qui vient d’être désignée Capitale Verte Européenne 2022, s’inscrit dans la même lignée : il n’est pas de petits changements et pour relever les défis immenses qui nous attendent, il faut une démocratie de l’action.

Pour Eric Piolle, Maire de Grenoble, l’agenda municipal se définit autour d’une vision globale de la société, et se décline sur le territoire. Son triptyque « Garantir les sécurités au quotidien, chérir le vivant, et surtout nourrir le désir de sens » est la grille de lecture pour définir les priorités locales. Ce sont à la fois des objectifs clairs, mais aussi des « façons de faire ». Grenoble aussi est une « ville sans peur ». C’est une caractéristique que partage les villes qui participaient à ce sommet mondial de juin 2017 que de placer le « comment faire » au cœur de la transition. Puisque réussir la transformation vers une ville résiliente et démocratique passe par une nouvelle gouvernance, par la réinvention de nos collaborations, de nos partenariats.

A notre toute petite échelle, Energy Cities a repensé depuis des années son organisation pour un partage des décisions et des responsabilités au niveau le plus adéquat, transformant la pyramide classique en une série de cercles interdépendants et néanmoins autonomes. Un travail de longue haleine pour que chacun·e puisse jouer son rôle et se sente « empowered ». Une nécessité pour rendre notre organisation forte et en prise avec les besoins de ses membres, la rendre agile pour y répondre. Le « comment faire » est aussi important que le « quoi faire ».

De même, il n’y a pas d’un côté à repenser la démocratie représentative, et l’économie de l’autre. Une démocratie locale à la hauteur des enjeux, c’est aussi un système économique local démocratisé. La crise sanitaire actuelle nous le rappelle cruellement.  Il est urgent d’avoir les moyens, à tous les niveaux, et bien coordonnés entre eux, de pouvoir répondre aux crises, qu’elles soient écologiques, sociales, sanitaires, économiques. Les unes alimentant les autres. Mais cela ne s’arrête pas à la gestion des crises, il faut repenser le tissu local économique dans son ensemble.

Est-ce que les politiques européennes, et en particulier le nouveau cadre budgétaire européen pour les 7 années avenir, permettront de dépasser les modes de faire actuels ? Est-ce que l’Union européenne accompagnera les transitions ? Financera-t-on seulement le « quoi », sans investir dans le « comment », dans les acteurs locaux qui font vraiment les changements ? Notre analyse du nouveau cadre financier donne une réponse plutôt mitigée… (Voir ici les articles de mes collègues qui le décryptent en détails.)

Si Grenoble a été nommée Capitale Verte Européenne 2022, c’est que l’approche a convaincu. Il reste maintenant à aligner le cadre européen pour soutenir une démocratie locale de l’action.

À propos

Auteur

Claire Roumet

Date de publication

13 octobre 2020