La transition de Bottrop : du charbon et de l’acier vers l’innovation


QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER
A Bottrop, en Allemagne, le 21 décembre 2018 marque la fin d’une époque avec l’extraction du dernier bloc de charbon de la mine Prosper, en activité depuis plus de 150 ans et l’une des dernières houillères du pays.

Ancienne ville industrielle dominée par la sidérurgie et le charbon, Bottrop montre, par l’exemple, comment transformer un tel bouleversement en opportunité. Avec Innovation-City Ruhr : Modellstadt Bottrop, un projet financé par le Fonds européen de développement régional et L’État de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la ville expérimente la meilleure façon de se transformer en pôle de l’innovation. Plusieurs villes ont déjà copié la stratégie de Bottrop : une nouvelle gouvernance basée sur un partenariat rassemblant entreprises, municipalité, scientifiques et citoyens, mais également sur l’innovation énergétique.

En 2009 déjà, Bottrop lançait un programme de rénovation en vue d’améliorer l’efficacité énergétique dans l’habitat ancien. Depuis, le projet Innovation-City Ruhr : Modellstadt Bottrop a permis de réduire de près de moitié les émissions de CO2 dans cette ville industrielle grâce à des rénovations qui respectent le climat. Quelques 300 mesures ont par ailleurs été identifiées afin de réduire les émissions de la ville dans le cadre du projet. 
Voyons quels enseignements peuvent en être tirés.

1. Rester local. Le projet de relier la mine Prosper au réseau de chauffage urbain afin d’utiliser l’eau chaude de l’usine de coke est devenu caduc lorsque la multinationale Arcelor Mittal a racheté la cokerie. Selon le responsable du service de l’urbanisme de Bottrop, Burkhard Drescher, tous les efforts de négociation se sont perdus quelque part entre Bottrop et New Delhi. « Pour eux cela n’avait aucune importance » regrette Drescher . Les grandes entreprises ont leur propre stratégie et cherchent à obtenir une baisse immédiate des coûts, ce qui est très loin des principes de planification durable à long terme. A l’inverse, les négociations avec la société Trimet, basée à Essen et propriétaire de l’usine d’aluminium locale, ont été plus faciles. La chaleur fatale de l’usine alimente désormais le réseau de chauffage urbain de la ville.

2. Mesures sociales et simplicité sont la clé. L’initiative « pour une protection du climat socialement acceptable » menée par Initiativkreis Ruhr, une association rassemblant des universités, des églises et des entreprises de la région, vise à promouvoir des mesures de protection du climat qui soient socialement responsables et si, possible, favorables à l’industrie. Cette initiative a permis de réaliser des économies substantielles sur les coûts de rénovation dans l’habitat et la ville a pu diviser par deux ses émissions de CO2 par rapport à 2010 en seulement 8 ans. Parfois, une petite intervention permet d’améliorer de manière significative l’isolation d’un bâtiment. C’est pourquoi les consultants d’Innovation City ne recommandent aux propriétaires que l’option présentant le meilleur ratio coût-bénéfice, ce qui les motive à agir. Grâce à ce projet, c’est un quartier tout entier, Eltingsiedlung, qui a pu être récemment réhabilité, un quartier où neuf locataires sur dix sont des retraités ou des personnes qui bénéficient de l’aide sociale. Innovation City a ainsi conseillé à la société immobilière propriétaire des bâtiments, Vonovia, de ne pas se lancer dans de coûteux travaux d’isolation extérieure ou d’installation d’ascenseurs, car ces travaux auraient entraîné une forte hausse des loyers. Au contraire, les radiateurs à accumulation ont été remplacés par un nouveau système de chauffage, de nouvelles fenêtres et une isolation de base. L’impact sur le loyer a été limité (un euro par m²) et très bien accepté par les résidents. Les bâtiments n’offrent pas des performances exemplaires mais ils consomment beaucoup moins d’énergie qu’auparavant. Le projet a lui été un franc succès : 70 000 citoyens sur les 120 000 habitants que compte la ville ont participé à l’expérimentation et se sont vus proposés des conseils gratuits pour économiser l’énergie. Le taux de rénovation à Bottrop dépasse les 3 %, plus du double que dans le reste de l’Allemagne. D’autres sociétés immobilières sont prêtes à suivre cet exemple.

3. Faire preuve de sérieux et de persévérance. Malheureusement, les entreprises se montrent plus réticentes à coopérer et à modifier leur empreinte climatique. Malgré les avantages que peuvent en retirer toutes les parties prenantes, elles tendent en effet à rejeter toute offre de coopération car elles ont peur de perdre de leur indépendance. Une partie importante du travail sur le climat à Bottrop consiste donc à relancer les entreprises, encore et encore, afin d’établir des projets individuels qui montrent les économies pouvant être réalisées. Beaucoup d’entreprises ne sont pas intéressées par ces économies d’énergie, car l’énergie est trop bon marché. Mais grâce à la persévérance de l’équipe du projet Innovation-City, des entreprises, pour la plupart de taille moyenne, ont décidé de mettre en place des mesures d’économie d’énergie.

Grâce aux mesures préconisées par Innovation-City, la ville aura réduit de 37 % ses émissions de CO2 d’ici à 2020. Les responsables du projet, cependant, souhaiteraient atteindre 50 % de réduction et viennent de lancer une campagne en faveur du photovoltaïque avec le soutien de la ville. Des améliorations seront également apportées à l’usine de traitement des eaux usées afin qu’elle puisse produire de l’électricité et de la chaleur par combustion des gaz et des boues issus du processus d’épuration et sécher les boues grâce à l’énergie solaire. Courant avril ou mai, nous saurons si Bottrop est sur la bonne voie pour réduire de moitié ses émissions de CO2 d’ici à 2020.

Si vous voulez en savoir plus sur le projet, vous pouvez regarder le webinaire réalisé l’an passé dans lequel Bernd Tischler, maire de Bottrop depuis 2009, décrit la transformation de sa ville.

Plus d’information :
Innovation City Ruhr

©photos : Prosper_haniel_Goseteufel CC BY-SA 3.0 – Arnoldius_CC BY-SA 3.0

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Date de publication

mars 7, 2019