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Date de publication

17 septembre 2026

Quel été ! Nul besoin de vous faire la liste de ce que nous avons collectivement vécu ces derniers mois. Les faits, ce ne sont pas que des statistiques, des cartes et des commentaires, ce sont des expériences pour beaucoup traumatisantes, une sensation vertigineuse qu’il n’y aura plus de « normalité ». « Après avoir appelé pendant des décennies au changement, c’est tout autre chose que d’être DANS la transition » m’a fait remarquer mon collègue Thomas Brose, directeur de Climate Alliance. Et c’est effectivement ce que nous vivons, nous sommes dedans, pas à côté, pas avant, pas dans les prémisses, mais au cœur des bouleversements qui feront advenir un futur encore à déterminer. C’est vrai du système Terre, du système économique, du système politique et de la société dans son ensemble.

Il semble que rien ne change en surface et pourtant, en profondeur, des lignes rouges s’effacent.

Cet été, des piliers de la doctrine économique européenne se sont fissurés. Une nouvelle clause dérogatoire nationale, permet aux États membres de dépasser le ratio de déficit budgétaire « normal » de 0,3 % du PIB par an en plus au-delà de la limite de déficit de 3 % pour investir dans la sécurité énergétique . La Commission européenne a choisi de l’appeler « national escape clause » ; et voit le secteur de l’énergie comme une condition de notre défense contre l’extérieur de l’Union européenne. Nous l’appelons plutôt « règle d’or verte » et c’est une demande que nous faisons depuis des années, tout comme de nombreux économistes[i]. Cette règle d’or verte peut s’appliquer aux municipalités puisqu’elle concerne toutes les dépenses publiques. Il serait utile que la Commission le précise aux Etats Membres…

Une autre évolution intéressante concerne la taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises du secteur des énergies fossiles, qui figure à l’ordre du jour de la réunion des ministres des Finances. Nous avons cosigné une lettre avec de nombreuses organisations (acteurs sociaux, environnementaux, syndicats, etc.) demandant que les recettes de cette taxe servent à financer la transition. Cette revendication fait écho à la demande déjà formulée par six États membres : l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Portugal (l’Espagne proposant notamment de l’affecter à un Fonds de résilience de l’UE).

Dans les Traités de l’Union européenne, la qualité de vie reste un objectif, le coût de la vie en est une condition, la préservation de l’environnement aussi. La réalité rattrape une doctrine économique fondée sur les seules règles du marché et sur un multilatéralisme équilibré. La dernière proposition de la Commission est la refonte des règles des marchés publics pour y introduire une nouvelle condition : « le made in Europe » qui doit favoriser les technologies et industries du continent. Fini donc l’économie globale ; l’autonomie et la souveraineté deviennent des principes directeurs.

Quand tout change, il faut savoir garder le cap. Si on ne l’appelle pas « Green deal », peu importe. L’organisation de nos sociétés doit néanmoins intégrer les limites planétaires et la gestion des crises multiples dans chaque nouvelle politique, chaque nouvelle législation, chaque nouveau budget.

Dans un monde en transformation, les lignes rouges qui semblaient indépassables sont remises en question. Et finalement, cela donne de l’espoir.


[i] https://www.bruegel.org/system/files/2022-07/PC%2013%202022.pdf ; https://institutdelors.eu/en/publications/the-reformed-eu-fiscal-framework-in-action-providing-sufficient-space-and-incentives-for-public-investment-and-the-green-transition/