La réappropriation locale de l’énergie en Europe

Une étude exploratoire des initiatives publiques locales en Allemagne, France et au Royaume-Uni


« Les villes devraient être au centre de la transition énergétique ». Le constat émanant du dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie sur les Energy Technology Perspectives est sans appel : avec plus de la moitié de la population et 80 % du PIB mondial, les villes représentent deux tiers de la demande en énergie primaire et 70 % des émissions de CO2 liées à l’énergie (IEA, 2016).
Au-delà de leur poids en tant que centres de consommation énergétique, les villes sont également un formidable vivier d’initiatives innovantes et ambitieuses en faveur de la transition énergétique.

Le facteur politique est certainement le principal argument d’une initiative de réappropriation locale et publique de l’énergie et ce, quel que soit le pays considéré. Ainsi, on ne rencontre pas d’exemple, où une initiative de création d’une nouvelle entreprise publique locale ou de remunicipalisation de l’énergie se ferait dans un seul but économique, dépourvue d’une vision politique forte en ce qui concerne la valeur ajoutée d’un renforcement de la gestion publique de l’énergie, généralement associée à une stratégie ambitieuse en matière de transition énergétique locale.

UN NOUVEAU SOUFFLE ÉCONOMIQUE POUR UN TERRITOIRE RURAL FRANÇAIS : LE MENÉ

Avec ses 6500 habitants, la communauté de communes du Mené en Bretagne représente un exemple en matière de transition énergétique rurale en France. L’intercommunalité a été l’un des pionniers et fondateurs du réseau des territoires à énergie positive (TEPOS). Dès le début des années 2000, elle a entrepris une étude des gisements d’énergies renouvelables (méthanisation, éolien, solaire, bois chaleur, etc.) débouchant en 2005 sur un plan stratégique et l’objectif d’atteindre 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2025. Sur l’initiative des élus, des agriculteurs et des citoyens, le territoire s’est progressivement doté d’une installation de méthanisation en cogénération, valorisant les lisiers et bio-déchets (15 millions d’euros d’investissement), d’une usine d’huiles-carburants (colza), d’un parc éolien citoyen (8 millions d’euros), de deux réseaux de chaleurs, de chaudières-bois, de plusieurs installations solaires et de logements sociaux neutres en énergie. Afin de favoriser le développement économique local, la collectivité a également créé une pépinière (Menerpôle) et un parc d’activités spécialisé en énergies.

BRISTOL ENERGY : POUR UNE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE LOCALE

La ville de Bristol en Angleterre est connue pour être un terreau d’initiatives citoyennes et locales en faveur d’une transition écologique, qui lui a valu d’être sélectionnée comme la « capitale verte » de l’Europe en 2015. La ville affiche non seulement des objectifs ambitieux en matière de transition énergétique – réduire la consommation d’énergie de 30 % et les émissions de CO2 de 40 % entre 2005 et 2020 – mais également de premiers résultats probants, notamment une baisse de la consommation d’énergie de 20 % et des émissions de CO2 de 18 % jusqu’en 2013 (Bristol, 2015). Inspirée par l’expérience des Stadtwerke allemandes et lauréate d’une aide européenne dans le cadre du programme ELENA, Bristol a conçu une stratégie ambitieuse pour se réapproprier l’énergie à l’échelle de la ville (Energy Cities, 2015). Celle-ci a débouché en 2016 sur la création de sa propre entreprise communale d’énergie Bristol Energy. La priorité de Bristol Energy réside dans un premier temps dans la lutte contre la précarité énergétique, en proposant des tarifs plus équitables aux habitants. A terme, l’entreprise communale doit également s’engager dans le développement de la production locale d’énergies renouvelables et dans les services d’efficacité énergétique (NEF, 2016). Dans une démarche complémentaire, Bristol met également en avant la contribution des projets citoyens d’énergie. Dès 2010, la ville a aidé à la création d’un réseau de soutien au développement des initiatives citoyennes d’énergies renouvelables, Bristol Energy Network, débouchant en 2013 sur l’élaboration d’une stratégie locale de développement des projets citoyens (Bristol Energy Network, 2013). La ville a ensuite lancé un fond de soutien dédié aux projets citoyens d’énergies renouvelables, Bristol Community Energy Fund et a été partie prenante de la création de la coopérative citoyenne Bristol Energy Cooperative, qui a déjà levé plus de 10 millions de livres pour des projets locaux.

LE FINANCEMENT D’OUTILS INNOVANTS EN FAVEUR DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE PAR LES STADTWERKE DE HANOVRE, ENERCITY

Avec un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros, l’entreprise communale d’énergie de Hanovre, Enercity, est l’un des 10 plus grands fournisseurs publics locaux en Allemagne. Forte de son succès, Enercity a développé dès 1998 un outil de financement innovant au service des actions de baisse des émissions de gaz à effet de serre : le fonds ProKlima. Financé à hauteur de 5,5 millions d’euros par an, ce fonds est alimenté par une contribution intégrée au tarif de gaz de la ville (1 million d’euros annuels), un fléchage partiel des profits d’Enercity (3 millions d’euros), ainsi que de contributions d’autres collectivités participantes (Enercity, 2016). L’ensemble des fonds est destiné à soutenir des actions d’efficacité énergétique dans les bâtiments (notamment rénovations et constructions de maisons passives) et les usages électriques, le développement d’énergies renouvelables (solaire et chaleur) et le raccordement aux réseaux de chaleur et les activités pédagogiques liées à la lutte contre le dérèglement climatique. Depuis sa création, le fonds a ainsi permis de verser un total de 60 millions d’euros d’aides jusqu’à fin 2015. Au-delà de sa transversalité en matière d’actions soutenues et de son modèle de financement innovant, le fonds se distingue également par un effet de levier particulièrement important entre les fonds publics injectés et les investissements déclenchés : selon une étude portant sur l’année 2010, chaque euro de subvention a permis de déclencher 12,7 euros d’investissements en moyenne (Günther, 2011). Au total, les 2,6 millions d’euros d’aides versées en 2010 ont ainsi généré 33 millions d’euros d’investissements pour une création de valeur ajoutée de 47 millions d’euros, dont 42 % directement sur le territoire de Hanovre.

À propos

Auteurs

Andreas Rüdinger

Année de publication

2017