Quoi de nEUf ?

Nous avons identifié les principales réformes qu’il reste à apporter aux politiques européennes.


Comment les villes peuvent-elle atteindre la neutralité climatique ? Et quel rôle peut jouer l’UE dans ce processus?

Pour leur avenir énergétique, les membres d’Energy Cities ont choisi de mettre résolument le cap sur les « 3D » : Décentralisation, Démocratisation et Désinvestissement. La voie est en partie tracée par la législation européenne, notamment grâce aux dispositions ambitieuses sur la gouvernance de l’énergie et l’énergie citoyenne. Mais bien que l’objectif à atteindre reste primordial, il est de plus en plus urgent de se préoccuper de la manière d’y parvenir. Les 5 prochaines années seront cruciales en la matière, c’est pourquoi nous avons identifié les principales réformes qu’il reste à apporter aux politiques européennes.

Ce qui nous amène un peu plus loin dans l’alphabet avec les « 3 S » : Showing, Sharing et Shaking.  Faciles à retenir, ces trois processus conditionnent la capacité des villes à atteindre les 3 D.

SHOWING

Commençons par le premier. « Montrer » peut sembler un peu passif mais il n’en est rien. Etant donné que les scénarios établis aux niveaux européen et national pour 2050 peinent à reconnaître le rôle des solutions décentralisées dans le domaine de l’énergie, montrer le potentiel que représente l’ensemble des ressources locales des villes et des régions n’a rien d’anecdotique. Dans le contexte actuel, un nombre toujours plus grand de villes ont compris la nécessité de développer des instruments permettant d’établir une cartographie du potentiel de leurs ressources en géothermie et chaleur résiduelle par exemple, ou encore de recenser le nombre de foyers, entreprises, bâtiments publics qui pourraient être alimentés en électricité d’origine solaire.

Le mois dernier par exemple, à l’occasion de la journée mondiale du soleil, l’agence de l’énergie de Lisbonne a lancé SOLIS, une plateforme permettant aux citoyens de collecter et mettre à disposition des informations sur le potentiel solaire de la ville. Lisbonne a pour objectif d’atteindre une puissance installée de 103 MW d’ici 2030 et SOLIS vise à devenir la pierre angulaire de cette stratégie. Mais « montrer » implique également de concevoir la transition énergétique comme un exercice démocratique qui nécessite de faire preuve de transparence et de rendre compte de l’utilisation des investissements publics. C’est pourquoi de plus en plus de villes cherchent à rendre leur budgets municipaux « climato-compatibles » tandis que d’autres, comme la Ville de Paris, mettent en place des  budgets participatifs.

Devoir pour le prochain Parlement / la nouvelle Commission :
– Préparer une nouvelle version de l’Etat de l’Union de l’énergie qui intègre pleinement le potentiel local
– Veiller à ce que les signataires de la Convention des Maires puissent contribuer directement à la législation européenne

SHARING

« Partager » le système énergétique peut vouloir dire beaucoup de choses. Tout d’abord, les villes ont désormais pour habitude de partager la responsabilité de la planification énergétique à long terme avec les citoyens, ce qui est maintenant une obligation pour les Etats membres  au travers des Plans nationaux en matière d’énergie et de climat.

Un nombre croissant de collectivités locales partagent également les investissements dans le domaine énergétique avec leurs citoyens, un modèle de coopération qui devrait se trouver renforcé avec la mise en place des nouvelles dispositions de la législation européenne sur l’énergie citoyenne. Et pour les citoyens qui n’ont pas les moyens d’investir, les villes font preuve d’imagination et inventent des moyens de les aider à bénéficier indirectement de ces investissements.

Enfin, les partenariats entre zones urbaines et territoires ruraux sont également essentiel. De plus en plus de villes prennent l’engagement de produire localement des énergies renouvelables mais la capacité de production des centres urbains à forte densité de population est souvent limitée. La ville de Vaxjo en Suède, par exemple, coopère avec la Région, d’autres municipalités et l’université locale pour créer une bioéconomie qui permette de fournir de l’énergie produite localement tout en créant de nouvelles compétences et des emplois dans la région. Les villes comptent de plus en plus sur ces nouvelles pratiques de gouvernance pour exploiter pleinement leur « capital naturel » et leur patrimoine. Et un nombre croissant d’entre elles cherchent  à raccourcir les circuits de distribution et approvisionnement énergétique en créant des alliances avec des agriculteurs et les territoires ruraux environnants.

Devoir pour le nouveau Parlement / le nouvelle Commission :
– Soutenir les partenariats locaux en matière de distribution / production d’énergie et d’alimentation à travers le Fonds européen agricole pour le développement rural
– Soutenir les échanges de bonnes pratiques sur les nouveaux modèles économiques autour de la réappropriation de l’énergie au niveau local.

SHAKING

Il est impressionnant de voir comment les villes font de plus en plus bouger les lignes des politiques énergétiques traditionnelles, par exemple en décloisonnant les secteurs énergétiques et en intégrant et optimisant l’ensemble des flux énergétiques au niveau local.

Elles font également bouger les lignes en remettant en cause le fonctionnement habituel des administrations publiques. C’est ce qui est arrivé par exemple lorsque la ville espagnole de Pampelune a lancé l’idée d’une entreprise énergétique locale afin de passer du statut de consommateur à celui de producteur d’énergie et se donner ainsi les moyens de lutter contre la précarité énergétique locale. Le projet a d’abord été froidement accueilli par certains services municipaux, qui considéraient que cela n’était pas du ressort de la ville.

Changer les mentalités des équipes chargées des affaires économiques et financières représente également une tâche herculéenne pour les nombreuses villes qui essaient d’intégrer de “verdir” leurs budgets municipaux. Tant du point de vue juridique que technique  et économique, les villes qui s’aventurent sur ces nouveaux terrains devront disposer des ressources et capacités nécessaires afin d’assumer leurs nouvelles responsabilités.

Devoir pour le nouveau Parlement / la nouvelle Commission :
– Revoir le budget de l’UE et le Semestre européen afin d’intégrer la question du climat dans toutes les politiques économiques, fiscales et budgétaires.
– Des lignes spécifiques doivent être allouées dans les budgets européens afin de développer les capacités juridiques, économiques et techniques des collectivités locales et transformer en projets concrets les nouvelles dispositions européennes  sur les communautés énergétiques.

Localement vôtre,

Alix