Pourtant, en 2026, la manière dont nous chauffons nos bâtiments se situe au croisement de certains des défis les plus pressants auxquels l’Europe est confrontée : sécurité énergétique, changement climatique, équité sociale et stabilité géopolitique.
La sortie du chauffage au gaz a longtemps été présentée comme une priorité environnementale. Elle s’impose désormais comme une nécessité plus large et plus immédiate : un enjeu de sécurité énergétique, de protection des ménages et de résilience économique.
Les chiffres sont sans équivoque : environ 72 % des bâtiments européens fonctionnent encore grâce aux énergies fossiles pour le chauffage, principalement le gaz. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, le coût réel de cette dépendance devient impossible à ignorer. Les tensions au Moyen-Orient, à elles seules, représentent près de 500 millions d’euros par jour pour les économies européennes.
Fin avril, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a rappelé avec force : « En seulement 60 jours de conflit, notre facture d’importation d’énergies fossiles a augmenté de plus de 27 milliards d’euros, sans une seule molécule d’énergie supplémentaire. »
Cette dépendance alimente également une incertitude croissante pour les ménages, les entreprises et les services publics. Lorsque les prix deviennent instables ou que les approvisionnements sont perturbés, l’insécurité énergétique frappe d’abord les plus vulnérables, notamment les ménages à faibles revenus et les publics fragiles. Par ailleurs, le maintien de systèmes de chauffage fondés sur les énergies fossiles prolonge les émissions, accélère le dérèglement climatique et accentue la pression sur des infrastructures vieillissantes, fragilisant ainsi la résilience globale des systèmes énergétiques urbains.

Les systèmes de chauffage propres et sans gaz – réseaux de chaleur, pompes à chaleur, géothermie et autres solutions renouvelables – apportent une réponse structurelle à cette vulnérabilité. En diversifiant les sources d’énergie et en ancrant l’approvisionnement à l’échelle locale, les villes peuvent réduire leur exposition aux chocs des marchés mondiaux tout en accélérant la réduction des émissions. Il ne s’agit pas d’une perspective future : ces solutions sont déjà mises en œuvre partout en Europe.
Par exemple, à Tallinn, en Estonie, la ville est résolument engagée sur la trajectoire de la neutralité climatique d’ici 2050 et vise la décarbonation complète de son réseau de chaleur d’ici 2030. Aujourd’hui, environ 70 % de la chaleur provient déjà de sources renouvelables, combinant biomasse, énergie solaire, pompes à chaleur et récupération de chaleur des eaux usées dans un système diversifié et résilient.
À Mechelen, en Belgique, un plan chaleur global soutenu par une forte coalition locale porte l’ambition de faire de la ville la plus « chaleureuse » et la plus saine de Flandre. Le plan municipal privilégie des sources locales et renouvelables telles que la récupération de chaleur des eaux usées, des centres de données et de la chaleur industrielle, ainsi que le stockage géothermique et la biomasse intégrés aux futurs réseaux de chaleur.
Ils ne sont pas seuls – consultez notre EU Tracker pour découvrir d’autres villes qui ouvrent la voie.
Derrière chaque transition thermique urbaine se trouvent des agents municipaux, des planificateurs énergétiques et des équipes de services publics locaux qui œuvrent pour sécuriser l’approvisionnement énergétique, préserver l’accessibilité des coûts et moderniser les infrastructures sur le long terme. Ces acteurs sont les architectes discrets de l’indépendance énergétique de l’Europe, impulsant des transformations souvent peu visibles mais à fort impact.
Lors de notre Forum annuel, nous avons lancé notre nouvelle campagne, Making Heat Safe, qui met en lumière les initiatives locales visant à sécuriser les systèmes de chauffage urbains et à plaider pour un meilleur alignement entre les besoins des villes et les priorités européennes. Ce fut également l’occasion de rassembler et de rencontrer nos premiers Heat Heroes : celles et ceux qui incarnent concrètement la transition de la chaleur.


Parmi nos Heat Heroes figure Esther van der Sluijs, consultante en décarbonation pour la Ville de Vienne. Ses mots sont restés gravés dans nos esprits : « Je décarbone ma ville parce que c’est essentiel pour l’avenir – pour devenir climatiquement neutre et plus indépendante. »
Parmi eux se trouve également Nathanaël Leblanc, chef de projet pour Dijon Métropole, qui, interrogé sur la question « Comment imaginez-vous le chauffage dans votre ville dans 10 ans ? », a souligné l’importance d’étendre le réseau de chaleur afin de toucher davantage d’habitants et de remplacer progressivement le gaz fossile par des sources d’énergie renouvelables, garantissant un accès plus large à une chaleur décarbonée.


Accélérer cette transition ne repose pas uniquement sur l’ambition locale. Cela exige un engagement fort aux niveaux national et européen : des cadres réglementaires adaptés, des financements accessibles et le courage politique d’aligner les objectifs avec les moyens d’action. Découvrez notre campagne #MakingHeatSafe.
Vous travaillez sur la chaleur ? Rejoignez la campagne en répondant à notre court questionnaire et devenez l’un de nos Heat Heroes qui contribuent à façonner ce mouvement.
