A travers l’Europe, les villes travaillent à remplacer le gaz fossile par les systèmes de chauffage plus propres. Cette transition rend notre chauffage indépendant des marchés extérieurs et moins vulnérables aux chocs des prix. Dans la région de Bruxelles-Capitale, cette transformation est portée par une vision à long terme visant à décarboner le chauffage et le refroidissement, tout en veillant à ne laisser personne de côté.
L’un des projets phares qui contribuent à concrétiser cette vision est le projet Be.SHARE, un réseau innovant de chauffage et de refroidissement urbain dans le quartier Nord de Bruxelles. Financé par la Commission européenne dans le cadre de l’European Urban Initiative, ce projet pilote combine sources d’énergie renouvelables, innovation technique et participation citoyenne afin de rendre le chauffage du quartier plus propre, plus abordable et plus sûr.

Dans le cadre de la campagne #MakingHeatSafe, nous avons rencontré Vincent Vandernoot de Bruxelles Environnement pour parler des personnes, des partenariats et des ambitions qui se cachent derrière ce projet.
Bruxelles Environnement est l’administration publique responsable des politiques d’environnement, de climat et d’énergie dans la Région de Bruxelles-Capitale.
Nous sommes membres de la Task Force Énergie 2050, un groupe de travail réunissant Bruxelles Environnement, Brugel et Sibelga afin de développer des solutions pour sortir des combustibles fossiles et décarboner le chauffage à l’échelle régionale.
Ensemble, nous avons développé une « vision zonée » de la transition thermique, en cartographiant le potentiel de décarbonation des différents quartiers et en identifiant les solutions les plus adaptées à chaque zone. Celles-ci incluent les réseaux de chaleur, la géothermie, la riothermie, les pompes à chaleur, la biomasse et le biogaz. Ce travail alimentera le futur Plan régional de chaleur et de froid ainsi que le Plan Air, Climatet Énergie.
L’un des moyens les plus concrets par lesquels Bruxelles Environnement contribue à cette transition est le développement et la mise en œuvre de Be.SHARE. Ce projet nous permet de passer de la stratégie à l’action en testant des solutions innovantes dans un environnement urbain réel, tout en impliquant directement les communautés locales.

Au sein de Bruxelles Environnement, plusieurs équipes contribuent au projet, notamment la division Transition territoriale (TRAMO), la division Air, Climat et Énergie et la division Autorisations.
Le projet est coordonné par l’équipe « Territories in Transition » au sein de TRAMO et rassemble un large éventail de partenaires. Bruxelles Environnement pilote l’initiative en collaboration avec les opérateurs publics Sibelga et VIVAQUA, l’entreprise privée KARNO, l’Université libre de Bruxelles (VUB) et l’organisation à but non lucratif Convivence.
Au-delà du consortium central, le projet repose également sur une étroite coopération avec plusieurs parties prenantes clés, notamment la Ville de Bruxelles, Bruxelles Mobilité, Foyer Laekenois, Whitewood et Befimmo.
Ce partenariat élargi est essentiel, car chaque organisation apporte une expertise différente — des infrastructures énergétiques et de l’innovation technique à la recherche académique, l’urbanisme et l’engagement citoyen. Le programme European Urban Initiative met également fortement l’accent sur le transfert de connaissances, afin que les enseignements tirés à Bruxelles puissent bénéficier à d’autres villes européennes (Manresa (ESP), Jablonec nad Nisou (CZ) et Leeuwarden (NL) étant les trois villes de transfert du projet).



De gauche à droite : Convivence, qui œuvre à l’implication des habitants des logements sociaux ; Karno, une entreprise privée développant le réseau de chauffage urbain ; et Sibelga, le gestionnaire des réseaux de distribution d’électricité et de gaz.
Ce qui nous motive le plus est d’aider la Région de Bruxelles-Capitale à atteindre ses objectifs de décarbonation par des actions concrètes.
Be.SHARE montre que des technologies innovantes comme les réseaux de chauffage et de refroidissement de cinquième génération peuvent offrir des solutions pratiques dans les environnements urbains denses, où la transition énergétique est souvent plus complexe.
Une autre source de motivation est le partenariat lui-même. Le projet réunit autorités publiques, entreprises privées, chercheurs et citoyens dans ce que l’on appelle souvent une approche « quadruple hélice ». Cette diversité de perspectives permet de garantir que la transition soit à la fois techniquement robuste et socialement inclusive.
Enfin, la participation à un programme européen crée des opportunités d’échange d’idées et d’inspiration pour d’autres projets ailleurs. Nous espérons que les innovations testées dans Be.SHARE contribueront à façonner les futurs cadres réglementaires, modèles économiques et politiques facilitant le déploiement de systèmes de chauffage et de refroidissement propres en Europe.
Be.SHARE est bien plus qu’un projet technologique. Il porte une forte ambition sociale, en parallèle de ses objectifs d’innovation et de décarbonation.
Le réseau fournira un chauffage décarboné à différents utilisateurs, dont environ 200 ménages de logements sociaux gérés par Foyer Laekenois. Ces habitants ne seront pas de simples utilisateurs finaux ; ils seront activement impliqués tout au long du projet à travers des ateliers participatifs et des activités d’engagement.
L’objectif est d’aider les habitants à mieux comprendre le système, de les autonomiser dans leur transition énergétique et de garantir que le projet soit conçu en fonction de leurs besoins.
Nous savons qu’il ne peut y avoir de transition véritable sans l’implication de tous les groupes de la société, y compris les plus vulnérables. C’est pourquoi Be.SHARE repose sur un modèle de gouvernance innovant réunissant autorités publiques, acteurs privés, chercheurs et citoyens tout au long du processus. L’objectif est clair : créer un projet à la fois pour et par les habitants du quartier.
Le projet vise également à fournir une énergie abordable, fiable et propre. En mutualisant les ressources via un réseau de chaleur urbain, le système peut fournir une énergie décarbonée à un coût compétitif — estiméà environ 10 % inférieur à celui de solutions individuelles comparables.
Grâce à des sources d’énergie renouvelables locales, il offre également une meilleure stabilité des prix et une plus grande indépendance énergétique. Par ailleurs, la chaleur fournie via le réseau sera couverte par le tarif social de l’énergie en Belgique, ce qui permet aux ménages éligibles — y compris les locataires de logements sociaux — de continuer à accéder à l’énergie à des prix abordables.
Peut-être l’élément le plus important est le niveau de coordination nécessaire pour mener un tel projet. Le succès dépend d’une direction commune claire et de la capacité de tous les partenaires à avancer vers le même objectif. Cela exige une communication constante, de l’alignement et de la confiance.
Il faut également trouver un équilibre entre dimensions techniques et sociales. Construire des infrastructures n’est qu’une partie du défi ; comprendre les besoins locaux, impliquer les habitants et créer une appropriation sociale sont tout aussi essentiels.
En parallèle, des projets comme Be.SHARE exigent de l’agilité. Nous créons en quelque sorte un laboratoire vivant où l’on apprend en faisant, où l’on s’adapte en cours de route et où l’on capitalise en permanence sur les expériences et les enseignements.
Si nous avions une baguette magique, nous faciliterions la gestion des contraintes spatiales et réglementaires liées à la construction d’infrastructures dans un environnement urbain dense.
Cela peut parfois signifier déplacer une conduite souterraine qui se trouve au mauvais endroit. Bien sûr, ces contraintes font partie de la réalité d’une ville existante, et les surmonter est précisément ce qui rend le projet innovant.
À un niveau plus large, un cadre plus flexible permettrait d’accélérer la transition. Nous disons souvent qu’il serait utile de disposer d’une sorte de « visa » permettant une flexibilité réglementaire temporaire pour les projets innovants, afin d’aider les villes à tester et déployer plus rapidement des solutions. Ces projets pilotes permettent ensuite de faire évoluer le cadre réglementaire dans la bonne direction.
Nous espérons voir des réseaux de chauffage et de refroidissement déployés à plus grande échelle dans toute la région, en s’appuyant sur les enseignements de Be.SHARE.
D’ici là, les sources d’énergie renouvelables disponibles dans le domaine public devraient être largement mobilisées, contribuant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles tout en renforçant la résilienceénergétique locale.
Nous voulons également garantir que personne ne soit laissé de côté. L’extension des systèmes de chauffage et de refroidissement renouvelables doit aller de pair avec une transition juste et inclusive.
Par ailleurs, la réduction de la demande énergétique restera essentielle. Des programmes de rénovation et d’isolation des bâtiments à grande échelle doivent compléter le déploiement des réseaux afin de répondreaux besoins du plus grand nombre tout en réduisant la consommation globale.
Enfin, nous pensons que le refroidissement doit devenir un sujet beaucoup plus central. Avec le changement climatique et l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur, les villes devront développer des solutions de refroidissement renouvelables en parallèle des systèmes de chauffage propres pour s’adapter à un avenir plus chaud.
Regardez notre interview de Vincent sur YouTube pour en savoir plus.
En plus de cet entretien, découvrez la stratégie de la Région de Bruxelles-Capitale dans notre étude de cas ci-dessous.
Photos: Sam Glazier