Ce n’est pas le sujet de l’épreuve de philosophie de l’année scolaire 2018/2019, mais une des questions qui m’est régulièrement posée lorsque j’interviens dans des conférences.
Plus le public est composé de citoyen(ne)s intéressé(e)s par la transition énergétique, plus les remarques dans ce sens sont nombreuses. Plus le public est composé de lobbyistes, leaders institutionnel(le)s, issu(e)s de la « Brussels bubble », moins je l’entends. Au contraire, les discours sont alors très positifs, ils expliquent cette croissance verte infinie qui nous attend, ou encore la grandeur que l’Europe va pouvoir reconquérir grâce à des investissements massifs dans des technologies improbables qui nous rendront notre « temps d’avance », notre « âge d’or », le tout pour être « climate neutral ».
C’est ce fossé qui continue de se creuser entre citoyens et institutions, que je ressens, au-delà des résultats des urnes.
Je peux comprendre la désillusion du nouveau député européen Magid Magid, qui après ses quinze premiers jours au Parlement (1) décrit avec justesse ce décalage entre les accords secrets des couloirs institutionnels (les dernières nominations aux postes clefs de l’Union européenne en sont une parfaite illustration) et la vie réelle.
Pourtant, il reste optimiste justement dans la capacité de l’Europe de se réinventer. Est-ce naïf ? Devons-nous tous et toutes croire à un effondrement imminent pour enfin agir, accepter le changement sous les contraintes extrêmes ? J’avoue ne pas savoir où placer le curseur.
Je comprends qu’être positif peut-être dangereux si cela se traduit par ne pas voir la réalité, par se mentir (comme on peut le voir justement dans les débats institutionnels ou dans les médias). Je fais toutefois le pari qu’il est possible d’appeler « un chat un chat » sans pour autant décrire la fin du monde.
Oui, notre modèle économique actuel ne nous permettra pas de garder la planète vivable. Mais partout des petites graines poussent, proposant de nouvelles formes de production et de consommation. C’est par exemple Le Talus à Marseille, une ferme urbaine participative que nous avons visitée récemment. Ou encore la multitude de formes de coopération pour produire et partager l’énergie entre citoyen(ne)s et municipalités que nous avons décrit dans notre dernière publication.
Je ne pense pas que l’optimisme soit un problème. Ce qui en est un est la (dé)connexion entre les deux mondes, celui des décideurs et celui des faiseurs. La récente loi de l’énergie en France en est une belle illustration. Alors que sur le territoire fleurissent les initiatives citoyennes de production d’énergie, les député(e)s ont montré leur incompréhension de ces nouveaux modèles en ne soutenant pas les communautés d’énergie (2). Notre rôle (et il est crucial !) est de brancher les leaders européen(ne)s à la réalité de terrain, et c’est une des raisons de la refonte complète de notre site web.
La question initiale « Est-ce criminel d’être optimiste ? » mérite bien d’autres réponses. Vous avez tout l’été pour y penser, et n’oubliez pas de partager vos réflexions avec nous ! Nous vous souhaitons un bel été, plein de joies et de naïveté !
(1) https://www.politico.eu/article/magid-magid-whats-disappointed-me-in-my-first-two-weeks-in-brussels/
(2) voir notre analyse de la nouvelle directive européenne sur les renouvelables dans le dernier « Quoi de nEUf »?