Le désinvestissement des énergies fossiles proposé par la BEI pourrait partir en fumée

Des institutions pro-gaz menacent de faire échouer une proposition ambitieuse de la banque publique européenne


En juillet 2019, la Banque européenne d’investissement (BEI) a proposé une nouvelle politique audacieuse de prêt dans le secteur de l’énergie, qui mettrait fin au soutien à tous les projets liés aux énergies fossiles d’ici la fin de 2020. Or, l’industrie du gaz, la Commission européenne et l’Allemagne compromettent ce projet en faisant pression sur la BEI pour qu’elle finance des centrales à gaz après 2020.

Dans son projet initial, la BEI s’était engagée à ne plus « soutenir la production initiale de pétrole ou de gaz, l’extraction du charbon, les infrastructures dédiées au charbon, au pétrole et au gaz naturel (réseaux, terminaux de gaz naturel liquéfié, stockage) et la production d’électricité ou de chaleur à partir de combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole, tourbe) ».

Toutefois, la nouvelle version de la politique de prêts liés à l’énergie publiée vendredi dernier en fin d’après-midi est désormais beaucoup plus souple en ce qui concerne l’abandon des combustibles fossiles et plus positive sur le soutien aux infrastructures gazières. Un nouveau paragraphe a d’ailleurs été ajouté, indiquant que la BEI « apprécie le rôle nécessaire que le gaz continuera à jouer pour décarboniser les systèmes énergétiques ». En outre, la banque publique européenne « continuera potentiellement à approuver des projets d’infrastructures gazières déjà formellement en cours d’instruction (” dans le système de la BEI “) jusqu’à la fin 2020 ». Ce financement pour le gaz inclut également explicitement les projets gaziers labellisés Projets d’intérêt commun de l’UE, qui reçoivent un soutien important de la Direction de l’énergie de la Commission européenne.

Par ailleurs, une nouvelle dérogation a été introduite pour permettre le financement des centrales à gaz après 2020. La BEI continuerait à financer les centrales à gaz qui émettent en moyenne moins de 250 g de CO2 par kWh de gaz à effet de serre sur la durée de vie économique de l’installation. Les projets gaziers proposés devraient présenter un plan crédible pour ajouter des parts croissantes de « gaz à faible teneur en carbone » (par exemple, le biogaz, l’hydrogène, le gaz synthétique) au cours de leur vie économique. Dans la pratique, cela signifie toutefois que la BEI peut toujours financer des centrales à gaz qui dépassent le seuil d’émissions défini. 

Parmi les États membres de l’UE qui doivent approuver la nouvelle politique proposée par la BEI, l’Allemagne s’est particulièrement distinguée en soutenant une approche plus favorable au gaz. Comme ce pays cherche à éliminer progressivement le charbon d’ici 2038, il a l’intention d’utiliser le gaz naturel et d’autres gaz comme « technologie transitoire respectueuse du climat » dans sa conversion énergétique. Pourtant, comme l’a démontré une étude récente du groupe de réflexion allemand Energy Watch Group, le gaz naturel ne contribue pas à la protection du climat. Bien au contraire, une « ruée vers le gaz naturel » amplifierait encore davantage le changement climatique, car les pointes des émissions de méthane dues au gaz dépasseraient de loin ses prétendues économies de CO2

L’Allemagne doit changer de cap en faveur d’une BEI exempte d’énergie fossile

Bien qu’elle ne soit plus leader en matière de climat, l’Allemagne exerce toujours une forte influence sur la future politique énergétique de l’UE. En promouvant une nouvelle politique de la BEI en matière de prêt dans le secteur de l’énergie qui prévoit explicitement un désengagement des projets relatifs aux combustibles fossiles après 2020, le gouvernement allemand pourrait récupérer une partie du crédit climatique qu’il a perdu ces dernières années. Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, jouera un rôle clé lors de la prochaine réunion des États membres de l’UE sur la nouvelle politique de la BEI, le 15 octobre, au cours de laquelle les pays de l’UE devraient approuver la version finale de la future politique de prêt énergétique de la banque.

Eckart Würzner, président d’Energy Cities et maire d’Heidelberg, appelle d’ailleurs Olaf Scholz à soutenir une BEI sans énergies fossiles, afin de transformer véritablement la banque publique européenne en une banque de protection du climat.

L’appel d’Eckart Würzner est publié sur le portail allemand de médias en ligne Portal Energiezukunft.