Plymouth: une approche citoyenne de la rénovation des logements

Une relation durable entre la ville et les résidents


L’auteure de cet article, Laura Williams, travaille pour Carbon Co-op, une coopérative militante proposant des services énergétiques et basée au Royaume-Uni. Comme Energy Cities, cette organisation participe au projet mPower, un projet européen qui vise à faciliter les échanges de savoirs entre municipalités désireuses de développer des projets et des services énergétiques centrés sur les citoyens.

Dans le cadre du projet mPower, nous avons organisé ce mois-ci un voyage d’étude à Plymouth pour les membres du groupe d’apprentissage entre pairs consacré aux rénovations et à l’efficacité énergétique, à savoir les collectivités locales de Nis (Serbie), Dobrich (Bulgarie), Saint Sébastien (Espagne) et Plymouth (RU). Au cours de ces trois jours, les membres du groupe ont pu explorer des thèmes présentant un intérêt commun : équilibre entre objectifs d’efficacité énergétique et impacts en termes de valeur sociale, rôle potentiel des différents acteurs, financement et qualité des travaux. La municipalité de Plymouth et son partenaire Plymouth Community Energy ont développé plusieurs projets innovants dans le domaine de l’énergie, faisant de cette ville un bon point de départ pour débuter notre programme !

Gagner la confiance

Infograph Plymouth Energy Community
www.plymouthenergycommunity.com

Nous avons commencé par une session animée par Plymouth Energy Community (PEC), une société à bénéfice communautaire créée avec le soutien de la municipalité en 2012. C’est avec intérêt que nous appris le rôle crucial joué par la municipalité dans la création de cette société : mise à disposition d’employés municipaux pour soutenir son développement, business plan financé par la municipalité et soutien à la campagne de recrutement des 100 membres fondateurs. La société et la Ville de Plymouth travaillent aujourd’hui en étroite collaboration sur de nouveaux projets et se partagent du personnel. Apprendre que cette initiative a essaimé a été réconfortant. 23 coopératives sont désormais en activité, la plupart ayant bénéficié du dispositif de cofinancement de la municipalité réservé aux organismes présentant un intérêt social. La Ville prévoit d’ailleurs de doubler le nombre d’entreprises sociales d’ici 2025 grâce à une stratégie récemment dévoilée et à un fonds commun d’investissement.

La Ville prévoit de doubler le nombre d’entreprises sociales d’ici 2025

Des représentants des villes de Dobrich (Bulgarie) et Nis (Serbie)

Aux “Moments Café”, nos conversations ont porté sur la manière dont PEC a réussi à engager la communauté locale.  Nous avons parlé des bénéficiaires de ses services énergétiques et de ses conseillers, mais également de la nécessité d’écouter le vécu des personnes et de proposer des services qui correspondent aux besoins de la population. Parmi les personnes qui ont participé aux programmes énergétiques de Plymouth, 66 % sont en situation de handicap ou en longue maladie et 50 % souffrent de dépression et/ou d’anxiété. Les membres du groupe ont établi des parallèles avec  leur propre ville et réfléchi à la nécessité de tenir compte des situations individuelles. Nous en avons déduit que si l’on souhaite réellement améliorer l’efficacité énergétique de tous les logements en Europe, une solution unique ne peut fonctionner. Une approche est nécessaire pour ceux qui sont en mesure de payer le coût des travaux, une autre pour les personnes en situation de précarité énergétique.

Qualité, qualité, qualité !

Le deuxième jour, nous avons abordé la situation du secteur de la rénovation au Royaume-Uni. La journaliste Kate De Selincourt nous a parlé de programmes de rénovation énergétique,  comme celui de Fishwick Road, dans la ville de Preston, où les travaux, financés par des fournisseurs d’énergie plus préoccupés par la quantité que par la qualité, ont été mal exécutés et se sont soldés par des malfaçons, laissant les habitations dans un état désastreux et contribuant à créer un climat de méfiance à l’égard de ces programmes en général. De soi-disant artisans avaient déjà fait parlé d’eux en réalisant des travaux d’isolation en murs creux ou par l’extérieur de qualité douteuse, contribuant à générer un  tel climat, et ces récents exemples déplorables n’ont fait que renforcer la méfiance. Toute personne essayant de lancer de tels programmes au Royaume-Uni doit s’attendre à rencontrer ce type d’obstacle et doit travailler à rebâtir la confiance perdue, même si les membres du groupe ont fait remarquer que ce type de problème existait aussi chez eux. L’approche de la société PEC nous a éclairés sur la manière de reconstruire de telles relations. Pour une habitante en particulier, c’est l’intérêt véritable porté par PEC à sa maison qui l’a poussée à prendre son téléphone lorsqu’elle a reçu le prospectus de la société dans sa boîte aux lettres. Suite à une visite à domicile, elle a déjà adopté des mesures d’économie d’énergie parmi les plus simples à réaliser.

Obstacles et opportunités en matière de rénovation de logements Photo Milivoj Kuhar sur Unsplash

Acceptation de la communauté

Nous avons entendu le même son de cloche lorsque nous avons visité un vaste projet communautaire de production d’énergie solaire de 4,1 MW à Ernsettle que PEC a aidé à mettre sur pied. Le promoteur d’un projet solaire construit sur une colline surplombant une ferme avait promis d’en partager les bénéfices avec la population, mais les années ont passé sans que rien ne se produise. Les habitants étaient donc plutôt sceptiques lorsque PEC leur a proposé un nouveau projet solaire  sur une friche située dans le périmètre de sécurité d’entrepôts appartenant au Ministère de la Défense. Mais lorsque PEC leur a proposé des parts dans la société leur donnant un droit de regard sur le projet, alors leur attitude a changé. Nous avons vraiment été impressionnés par la manière dont la communauté a été étroitement impliquée dans la gestion de ce projet à tous les niveaux, la population locale ayant son mot à dire sur la manière dont les fonds sont dépensés pour améliorer son cadre de vie.

Au-delà du carbone

Au fil du temps, nos conversations ont dépassé les aspects purement climatiques pour s’intéresser à l’amélioration de la qualité de vie. Nous avons appris qu’une plus grande efficacité énergétique pouvait également avoir des impacts positifs sur la santé.  A Carmarthen par exemple, la rénovation thermique de près de 3 000 logements a permis de faire baisser le nombre d’hospitalisations. Certains organismes aux Royaume-Uni commencent d’ailleurs à s’intéresser de près à ce sujet, comme le service de santé du Gloucestershire qui finance le programme « Warm and Well ».  Un argument supplémentaire qui pourrait aider à promouvoir une adoption plus large des mesures d’efficacité énergétique.

la rénovation thermique de près de 3 000 logements a permis de faire baisser le nombre d’hospitalisations

Impliquer les habitants

Nous avons également parlé plus largement de la valeur sociale de ces projets de rénovation. A   Wilmcote House dans la ville de Portsmouth, des logements sociaux devaient être détruits en raison de leur vétusté. Après examen de la proposition de démolition, le personnel municipal en charge du dossier a suggéré qu’il serait moins coûteux de rénover ces logements. Autre conséquence positive pour les résidents : ceux-ci n’auraient pas à subir une procédure de relogement. Lors de la phase de planification, une approche pragmatique a été privilégiée avec l’ouverture au public d’un appartement témoin afin que les résidents puissent voir le résultat des travaux, cet appartement remplissant également une fonction d’éducation à l’énergie et permettant de recueillir de précieux retours d’information. Les propositions des résidents, comme des espaces pour sécher le linge, ont été intégrés  dans les plans finaux, montrant ainsi que la rénovation pouvait avoir un impact positif supplémentaire sur la vie des locataires. Cela s’est ressenti dans le bilan de fin de projet, les résidents continuant de soutenir l’approche de la municipalité, approche qui leur a permis d’économiser 700 £ en moyenne par an sur leurs factures d’énergie.  La relation durable qui s’est établie entre la municipalité et les résidents nous a vraiment impressionnés,  et montre que les programmes de rénovation peuvent avoir des retombées sociales bien réelles.

Un contexte d’urgence climatique ?

Notre visite à Plymouth a donné au groupe matière à réfléchir. Bien que la vision coopérative de  Plymouth soit indéniablement source d’espoir car elle montre qu’il est possible de faire les choses autrement, l’objectif de neutralité carbone d’ici 2030 inscrit dans la déclaration municipale récemment adoptée sur l’urgence climatique semble encore bien loin. Il reste en effet beaucoup à faire, comme trouver le moyen d’accélérer le rythme des rénovations, s’assurer de la qualité des travaux,  développer une filière et créer des options de rénovation financièrement viables. Au moins Plymouth dispose-t-elle de bases solides sur lesquelles elle peut compter pour emporter avec elle la population dans sa réflexion sur les mesures à prendre en ces temps d’urgence climatique.

Plymouth lighthouse (Photo: Laura Williams)

Le voyage d’étude a réuni des représentants des villes de Dobrich (Bulgarie), Nis (Serbie), Saint Sébastien (Espagne) et Plymouth, toutes membres d’Energy Cities.

Un grand merci à la Ville de Plymouth et à Plymouth Energy Community pour nous avoir reçus ainsi qu’aux experts qui sont intervenus comme témoins et aux  participants.

Suivez l’actualité du projet mPower: municipalpower.org #municipalpower

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Date de publication

24 octobre 2019