Sobriété, l’impensé politique

Edito politique par Claire Roumet


En début de mois, j’ai vu passer une annonce originale publiée par une grande collectivité française pour recruter un.e conseillèr.e en sobriété énergétique. La fiche de poste propose de mieux connaitre les consommations et de sensibiliser à leur réduction, mais pas de questionner ces besoins énergétiques dans leur ensemble. 

Penser, ou plutôt repenser nos besoins devrait être la base de nos politiques territoriales énergétiques. Après avoir eu des objectifs de réduction (de CO2), d’efficacité ou de production renouvelable, la prochaine décennie doit aborder la question, non pas en stigmatisant les usages, mais en proposant un vrai débat localisé qui traduirait concrètement un objectif de sobriété, comme le proposent les auteurs de cet excellent article qui décrypte bien les enjeux de la sobriété énergétique. Mais comment penser la sobriété quand on adopte des plans de « relance », c’est antinomique, relancer n’est pas transformer, relancer n’est pas repenser… (Nous organisons un webinaire d’information avec la Commission européenne sur les opportunités que peuvent néanmoins offrir les plans de relance nationaux pour la transition écologique locale le 31 mai à 14.00)

Je suis toujours frappée par les discours ambiants d’éducation à la consommation, leur coté souvent paternaliste, prescripteur porte sur le « bon achat », ou sur la substitution. En gros, toutes les politiques énergétiques peuvent se résumer ainsi (encore aujourd’hui et en dépit de toutes les stratégies qui disent le contraire pour l’horizon 2050) :  passer du diesel à l’électrique, mais pas de réduire les kilomètres en voiture ; passer du gaz à l’isolation mais pas de réduire les mètres carrés.

Récemment, a émergé la nécessaire réduction de la consommation de viande comme un des enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique. Dans sa nouvelle série d’articles « les lecteurs répondent aux lecteurs », le journal « The Guardian » a justement essayé de traduire les besoins de viande et de produits laitiers à l’échelle du pays en posant la question : « quelle taille devrait faire le pays si tous les produits d’origine animale que les anglais consomment étaient produits éthiquement ? ». Les réponses sont diverses, un des chiffres les plus solides évalue la production possible à seulement 10% de la consommation actuelle.

Mais là encore, il s’agit finalement plutôt de substitution, puisqu’il faut bien manger, on peut limiter le gaspillage, mais vivre d’amour et d’eau fraiche, comme disent les contes, ce n’est pas possible !

Où se discute, où se planifie, où s’évalue, les potentiels réels de réduction ? Les négawatts ? Où sont-ils ces gisements de non-consommation ?

Regardons deux graphiques, d’abord celui des émissions de CO2 pour remettre l’église au milieu du village sur les secteurs où nous devons concentrer nos efforts :

Et maintenant regardons le profil des consommateurs, et ce seulement en Europe, parce que derrière les moyennes nationales se cachent de grandes disparités qui occultent les vraies questions, les fameux gisements…


Source : https://www.cambridge.org/core/journals/global-sustainability/article/unequal-distribution-of-household-carbon-footprints-in-europe-and-its-link-to-sustainability/F1ED4F705AF1C6C1FCAD477398353DC2

C’est bientôt la saison des examens de fin d’année, alors la question sera : « à l’aide des deux graphiques ci-dessus, imaginez une politique de sobriété énergétique pour votre territoire » (idéalement il faudra avoir la déclinaison locale des graphiques en question). Vous avez une année pour adoption par le conseil municipal. Vous pouvez commencer.

À propos

Auteur

Claire Roumet

Date de publication

18 mai 2021