Villes en transition : passer du noir au vert

Il y a une vie après le charbon


Si la transition énergétique des régions productrices de charbon n’est pas un problème nouveau, ce sujet a récemment fait l’objet d’un regain d’intérêt dans les fils d’actualité. Vous avez sans doute entendu parler des protestations contre l’extension de la mine de charbon dans la forêt séculaire de Hambach, en Allemagne. Les articles et les déclarations sur les conséquences possibles de la transition énergétique sur l‘environnement urbain, les identités régionales et l’emploi ne se sont pas faits attendre. Mais plus je lis des articles sur les actions innovantes des villes et la transition vers les énergies renouvelables, moins je crois dans les discours politiques qui défendent l’immobilisme.

Des villes “en décroissance” ou des villes en transition ?

Le discours ambiant nous conduit à penser qu’une ancienne cité minière est une ville en décroissance, pour ne pas dire une « ville fantôme ». Une ville en décroissance est une ville qui a connu une baisse persistante de sa population liée à des transformations structurelles (par ex. perte d’emplois ou épuisement des ressources). Ses infrastructures deviennent alors surdimensionnées et trop chères à entretenir. Les anciennes structures sociales et financières ne fonctionnent plus.

Je ne nie pas le défi colossal que représente la fermeture d’une mine de charbon. Mais toutes les villes minières ne sont pas condamnées à devenir des villes fantômes ! La façon dont elles réagissent et s’adaptent à la nouvelle situation peut faire toute la différence. J’aimerais, à ce sujet, vous conter l’histoire de deux anciennes villes minières qui ont réussi à tourner la page du charbon. Et qui ont amélioré la qualité de vie de leurs habitants dans le même temps !

Loos en transition

Loos-en-Gohelle est une petite ville de 7 000 habitants dans le nord de la France. La ville et ses alentours ont été profondément marqués par l’industrie du charbon qui s’y est développée des années 1850  aux années 1980. Après la fermeture des mines, la collectivité locale a dû prendre une décision très importante : remplacer l’industrie minière par d’autres industries lourdes, ou prendre une toute autre direction. La municipalité a décidé de se tourner vers l’avenir.  Aujourd’hui, Loos-en-Gohelle est un cas exemplaire d’une ville qui a su se libérer de sa dépendance aux énergies fossiles.

Les actions prises concernent tous les secteurs, de la rénovation des bâtiments au tourisme, en passant par les technologies vertes et la production d’énergies renouvelables. Ainsi, lorsqu’il a fallu rénover la toiture de l’église, la municipalité a décidé d’y faire installer des panneaux photovoltaïques. Le nouveau toit de l’église comprend donc une installation solaire photovoltaïque en plus des ardoises traditionnelles. Ces panneaux, installés en 2013,  fournissent à la ville un revenu de 5 000 euros par an.

« On ne peut pas construire l’avenir en reniant son histoire » 

Les terrils des fosses 11 et 19 témoignent du passé minier de Loos-en-Gohelle. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012, le site minier de la fosse 11/19 a été transformé en centre culturel et d’information sur le développement durable. Il abrite plusieurs associations culturelles et des centres de R&D, un atout pour l’avenir de la ville.

Selon le maire Jean-François Caron, « on ne peut construire l’avenir en reniant son histoire ». La ville  devait faire face à de nombreux défis, le plus grand étant de se réinventer en tant que communauté. Les acteurs locaux ont participé à ce processus.  Au cours de la période 2008-2014, la municipalité a organisé près de 200 débats publics. Les habitants ont pu ainsi contribuer à la mise en place de projets locaux et exprimer leur opinion. Après plus d’un siècle de vie rythmé par l’exploitation houillère, ils ont su retrouver leur capacité d’action et d’initiative personnelle !

Redonner vie aux mines abandonnées

Heerlen, ville membre d’Energy Cities, est un autre exemple de ville minière qui a su se réapproprier son énergie. Dans les années 1900, l’industrie de la houille représentait l’activité économique la plus importante de la région. Le gouvernement néerlandais a creusé un vaste réseau de tunnels sur le territoire et autour de Heerlen pour en extraire le charbon. Des dizaines de milliers de mineurs et leurs familles ont vécu de cette industrie.  

Après la fermeture des mines entre 1965 et 1974, la région a dû faire face à un déclin économique, social et culturel.  Les anciens tunnels miniers ont été inondés en laissant remonter le niveau de la nappe phréatique, une eau chauffée naturellement par géothermie. Les mines sont ainsi devenues un réservoir d’eau inutilisé pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que la municipalité décide de lancer le projet Mijnwater.

L’eau des mines : une énergie renouvelable

La municipalité de Heerlen s’est engagée à améliorer les conditions de vie locales et à réhabiliter la région. En 2005, avec le soutien de l’UE et de l’agence gouvernementale Agentschap NL, cinq puits ont été creusés et un système de canalisations souterraines permettant de faire circuler l’eau a été mis en place. En 2008, la première installation géothermique fonctionnant avec des eaux de mine au monde, Gen Coel in Heerlerheide, est devenue opérationnelle et les premiers raccordements au réseau Mijnwater ont été réalisés. Actuellement, l’entreprise municipale alimente en énergie renouvelable des logements, des bureaux, des écoles élémentaires, des supermarchés, une crèche et un complexe sportif.

De ville essentiellement connue pour son activité minière, Heerlen est désormais une ville reconnue internationalement pour ses impressionnants efforts dans le domaine de la géothermie.  Outre le fait que la ville a beaucoup gagné en terme d’indépendance énergétique,  le projet a permis de créer des emplois locaux et des opportunités d’investissement dans la région. Il a également permis de développer des connaissances et une expertise au niveau local.

Pas mal pour une ville fantôme !