A Liège, démocratiser, relocaliser et décarboner le système alimentaire

La ville couvrira 50% de ses besoins avec des aliments produits localement, dans les meilleures conditions écologiques et sociales


Depuis bientôt 10 ans, et sous l’impulsion initiale d’un ensemble d’acteurs locaux et de citoyens engagés dans le mouvement des Villes en transition, la Ville et la Province de Liège, développent avec succès un vaste projet de territoire pour une alimentation de proximité, durable et résiliente : la bien-nommée Ceinture “Aliment-Terre” Liégeoise.

L’objectif est ambitieux puisqu’il s’agit de « démocratiser, relocaliser et décarboner le système alimentaire » à l’horizon d’une génération : fournir 50% de la demande alimentaire liégeoise avec des aliments produits localement dans les meilleures conditions écologiques et sociales d’ici à 25-30 ans.

Depuis le lancement de l’initiative en 2013, la plateforme n’a cessé de se développer et plusieurs projets structurants ont vu le jour, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, parmi lesquels :

  • la création de 20 nouvelles coopératives sur l’ensemble de la filière alimentaire (production, transformation et distribution),
  • le doublement du nombre de maraîchers sur le territoire de la Province de Liège,
  • l’organisation d’évènements artistiques et pédagogiques autour de l’alimentation, de journées de sensibilisation, du festival annuel “Nourrir Liège”,
  • la création d’une régie communale agricole et la conversion progressive des cantines au bio,
  • la création d’une monnaie locale pour favoriser les circuits courts.

La dynamique enclenchée participe d’une stratégie plus globale de souveraineté alimentaire et de sobriété/résilience du territoire, portée par un fort engagement des pouvoirs publics locaux, y compris la Région wallonne qui apporte son soutien financier. En parallèle, une coopération active avec le monde académique permet d’inscrire la réflexion autour du projet sur le long terme.

Les enjeux de gouvernance se trouvent au cœur de cette dynamique, qui cherche à favoriser la rencontre entre les acteurs professionnels de la chaîne alimentaire et les consommateurs, ainsi que la reconnaissance de leurs intérêts réciproques. Comme l’expliquent très bien Christian Jonet, Coordinateur de la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise, et Claire Wiliquet, Permanente chez UniverSud, dans un article passionnant sur le sujet, l’un des principes qui sous-tend la ceinture Aliment-Terre est “la création d’une alliance ville-campagne sur le mode suivant : la campagne nourrit la ville, la ville soutient l’agriculture locale par ses choix de consommation, d’épargne et d’investissement”.

La co-construction de la stratégie a ainsi été réalisée lors de nombreux ateliers participatifs qui ont permis à l’ensemble des acteurs et citoyens engagés d’identifier les nombreux défis et enjeux du projet (économiques, sociaux, fonciers, …) et de définir les grands chantiers à mener ainsi que leurs plans d’action. La forte mobilisation citoyenne, dès le départ du projet, a permis de soutenir les projets émergents, notamment en apportant le capital nécessaire au démarrage des coopératives.

Cette dynamique a donné l’opportunité à la ville de prendre conscience et de s’emparer des leviers dont elle disposait sur la thématique de l’alimentation locale et aussi de revoir son organisation, par exemple en créant un groupe interservices sur cette question et en se positionnant pour répondre aux divers appels à projets (wallon et européens) pour trouver de nouveaux financements.


Forte de cette expérience, la Ville de Liège entend maintenant développer un modèle similaire appliqué à l’énergie : la Ceinture Energ’Ethique. L’objectif est de créer un nouvel écosystème de production et consommation d’énergie, également basé sur la solidarité urbain/rural. Tous les acteurs du territoire sont concernés avec une attention particulière pour les catégories touchées par la précarité énergétique (25% de la population de Liège vit en dessous du seuil de pauvreté). Le projet vise notamment à permettre aux citoyens urbains, pour lesquels il est difficile de s’équiper individuellement en énergie renouvelable, de s’investir dans des projets collectifs plus aisés à déployer en milieu rural et d’en bénéficier au travers de communautés d’énergie citoyennes.