Oui, Go Green Pamplona!

La Ville de Pampelune se dote d’une stratégie pour 2030


Peu de temps avant que l’Espagne ne devienne un des pays européens les plus touchés par le Covid-19, la municipalité de Pampelune avait acté deux mesures essentielles pour préparer la prochaine décennie : le lancement de sa stratégie en matière de transition énergétique et une consultation citoyenne autour de son plan stratégique urbain pour 2030.

Ville du nord de l’Espagne dont la population avoisine les 200 000 habitants, Pampelune est également l’une des villes les plus vertes du pays, les parcs et espaces verts occupant 20 % de son territoire.  Mais la Ville ambitionne de devenir encore plus verte, au sens large du terme, comme en témoigne le lancement début mars de sa stratégie « Go Green Pamplona », accompagnée d’un bilan actualisé des consommations d’énergie à l’échelle de la ville.

Selon ce rapport d’analyse des consommations d’énergie sur l’ensemble du territoire (données statistiques 2017), plus de la moitié (53,1 %) de la consommation d’énergie finale de Pampelune est liée aux transports et à donc à la consommation de produits dérivés du pétrole. Vient ensuite la consommation résidentielle (21,5 %). En ce qui concerne l’énergie consommée par la municipalité elle-même, celle-ci ne représente qu’un peu plus de 1 % de la consommation totale. Conscient néanmoins qu’il lui incombait de montrer l’exemple en la matière, le conseil municipal a déclaré l’état d’urgence climatique en septembre dernier et s’est engagé  à ce que la consommation d’énergie des nouveaux bâtiments municipaux soit quasi nulle (norme NZEB). Jusqu’à présent, moins de 10 % de l’énergie consommée est produite à partir de sources renouvelables, dont seulement une petite fraction à partir de sources locales.  A titre de comparaison, en Espagne, les énergies renouvelables représentent  14,89 % de l’énergie consommée au niveau national.

Ce mix énergétique a un coût pour la Ville et ses habitants : 460 millions d’euros sont ainsi dépensés chaque année en achats d’énergie, avec peu ou pas de retombées pour l’économie locale, soit environ 2 330 euros par habitant. Ce coût pourrait être réduit en adoptant localement le « scénario cible » présenté dans le plan national intégré en matière d’énergie et de climat de l’Espagne. Celui-ci suppose d’augmenter la part des énergies renouvelables de 40 %, celle du gaz naturel de 16 % et celle de l’électricité de 5 %, tout en réduisant le recours aux sources d’énergie à forte teneur en carbone.

Faire de Pampelune une ville « renouvelable » nécessitera des efforts dans tous les secteurs. Concrètement, le rapport recommande d’utiliser 80 % d’énergies renouvelables en plus dans l’industrie, 26 % dans les transports, 118 % dans le tertiaire et 12 % dans le secteur résidentiel. La prochaine décennie nécessitera de promouvoir l’électrification et de décarboner la consommation d’énergie sur l’ensemble du territoire tout en développement de manière significative la production d’énergies locales. La stratégie « Go Green Pamplona » vise à mettre en place un système énergétique qui privilégie la production délocalisée et encourage une plus grande participation des citoyens, à la fois en tant que consommateurs informés mais également en tant que producteurs et distributeurs d’énergie. La Ville de Pampelune s’apprête d’ailleurs à lancer un dispositif de subvention afin d’encourager l’autoconsommation individuelle et collective.

Cette stratégie en matière de climat et de transition énergétique à l’horizon 2030 viendra compléter la Stratégie urbaine de Pampelune pour 2030. Ce document, initié en 2018, est en cours de finalisation. Il décrit la situation actuelle et les objectifs à atteindre  afin de relever les enjeux auxquels est confrontée la ville de manière transversale, par secteur et par thème. Cette stratégie est conforme au Pacte Verte pour l’Europe et préconise de consacrer les 10 prochaines années  à renforcer les cinq dimensions suivantes :

  1. Ecologie et engagement en faveur du climat  
  2. Inclusion sociale
  3. Gestion publique intégrée et innovante
  4. Créativité et culture, tourisme durable
  5. Innovation et économie basée sur la connaissance

Dans la droite ligne des objectifs  de développement durable des Nations Unies, l’avenir de Pampelune se construit autour de sept valeurs fondamentales préalablement définies : l’égalité, la participation citoyenne, la répartition par âge (enfants, jeunes, personnes âgées), l’accessibilité universelle, l’inclusion, la convivialité et l’écologie.  Cela signifie que tous les projets stratégiques devront respecter ces sept critères.

Les habitants ont la possibilité de soumettre leurs propres idées et projets pour atteindre ces objectifs à l’horizon 2030. Pour ce faire, ils peuvent soit remplir un formulaire en ligne sur la  plateforme Erabaki, soit déposer leurs propositions dans l’une des boîtes à idées prévues à cet effet dans les bibliothèques, centres de santé et autres lieux publics. La date limite de soumission ayant été reportée en raison du  Covid-19, ils auront tout loisir de mettre à profit cette période de confinement pour proposer des idées et faire de la ville un lieu plus résilient et plus agréable à vivre dans les 10 prochaines années.

Pampelune n’en est qu’au début de sa feuille de route 2020-2030 et la crise du Coronavirus pourrait avoir des répercussions sur sa mise en œuvre. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui travaille actuellement à l’après Covid-19, doit établir un plan d’actions à la hauteur de ces ambitions locales en matière de résilience au changement climatique, comme ici à Pampelune. Avant l’été, le gouvernement discutera de son plan de relance économique national avec les collectivités locales et régionales. Une occasion unique d’utiliser ce stimulus économique pour adopter une trajectoire aux  multiples avantages tant sociaux, qu’économiques et en matière de santé : la transition énergétique.

Au travers du projet « Renewable energy partnerships », Energy Cities met à la disposition de la municipalité de Pampelune une plateforme d’apprentissage qui lui permettra de concevoir des modèles de collaboration avec Goiener, la coopérative énergétique locale. Avec les Amis de la Terre et  REScoop.eu, Energy Cities entend en effet développer les collaborations entre ville, coopérative et citoyens. Lors de la Conférence Annuelle de notre réseau à Heerlen en septembre prochain, nous organiserons un « laboratoire coopératif entre pairs » au niveau européen avec les villes de Strasbourg (France), Modène (Italie) et Pampelune, chacune accompagnée par des représentants de ses coopératives énergétiques locales et de ses organisations de la société civile. Ces activités ont le soutien de la Fondation européenne pour le climat.

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Date de publication

20 avril 2020