Les Balkans se mettent au solaire

Zoom sur l’énergie citoyenne en Croatie, Serbie et Bosnie-Herzégovine


Les Balkans occidentaux forment un formidable patchwork de cultures et sont composés de pays qui se distinguent par des contextes socio-économiques très différents. Alors que certains, comme la Croatie, sont membres de l’UE et sont donc tenus d’appliquer le paquet législatif « Une énergie propre pour tous les Européens », d’autres attendent d’en faire partie, que ce soit en tant que candidats officiels ou potentiels. Mais ils ont tous en commun un énorme potentiel solaire et le fait que ce potentiel soit encore largement inexploité.

Lors du Sommet des Balkans occidentaux l’an passé, les responsables politiques de la région ont fait part de leur engagement à lancer un Agenda vert. En effet, dans une région qui dépend encore très largement du charbon, promouvoir la transition vers des énergies renouvelables plus propres est une nécessité, aussi bien pour les habitants que pour rapprocher les Balkans occidentaux de l’UE.  Parmi les objectifs prônés par cette stratégie verte figure celui d’aligner la région sur l’ambition de l’UE de faire de l’Europe un continent neutre du point de vue des émissions de carbone à l’horizon 2050.

Mais alors que les gouvernements en sont encore à réfléchir à l’avenir, les collectivités locales et les communautés de la région en font déjà une réalité.

Les prémices d’une énergie citoyenne  

Il ne fait aucun doute que la Croatie est le pays le plus avancé en matière d’énergie citoyenne, comme en témoigne le lancement et la mise en œuvre de plusieurs projets citoyens au cours des 7 ou 8 dernières années. Parmi les initiatives les plus emblématiques, citons celle de la Ville de Križevci. Avec le soutien de la coopérative énergétique nationale ZEZ, la municipalité a construit la première centrale solaire financée par des citoyens du pays. L’initiative a remporté un vif succès auprès des habitants et il n’a fallu qu’à peine 10 jours pour rassembler, par financement participatif, les 30 000 euros nécessaires à l’opération. La centrale d’une puissance de 50 kW devrait permettre d’économiser environ 55 tonnes de dioxyde de carbone par an. L’énergie solaire ainsi produite sera principalement utilisée pour alimenter un centre d’affaires, l’excédent étant injecté sur le réseau municipal. D’autres coopératives ont depuis vu le jour, comme la coopérative énergétique de Krk ou KLIK, la nouvelle coopérative de Križevci. Outre la forte implication des organismes concernés, cet élan très positif en faveur de l’énergie citoyenne a certainement été facilité par l’adhésion de la Croatie à l’UE et par l’alignement de ses politiques.

En Bosnie-Herzégovine et en Serbie, de nombreuses campagnes de sensibilisation ont été menées autour des énergies renouvelables mais avec une portée et des ressources plus limitées. La toute première campagne de financement participatif en faveur de l’énergie citoyenne de Bosnie-Herzégovine a été lancée par l’ONG locale REIC en 2018, et a été suivie l’année suivante par la campagne Pecka solaire. En Serbie, la campagne « Les toits ensoleillés de Šabac »  a été lancée par des citoyens fin 2019. Soutenue par des organismes locaux et internationaux, elle a donné naissance à la première coopérative énergétique du pays.

Mais pour que ces premières graines puissent germer, encore faut-il un sol fertile. Bien que la Croatie soit le pays le plus avancé des trois pour ce qui est d’impliquer les citoyens dans la production d’énergie, il n’en reste pas moins que la croyance selon laquelle les communautés et les citoyens ne sont que des consommateurs finaux, sans aucune capacité à prendre des initiatives, reste profondément ancrée. Cela se traduit par un faible intérêt pour cet enjeu, que ce soit de la part des élus locaux ou des citoyens. « L’absence de vision claire, une administration inefficace et le peu d’intérêt de la population constituent les principaux freins. Par ailleurs, de nombreux obstacles institutionnels et juridiques découragent les communautés locales de développer des projets concrets, notamment en Bosnie-Herzégovine » regrette Vedad Suljic, un expert en énergie travaillant pour le compte de l’ONG REIC, basée à Sarajevo.

La plupart des projets qui arrivent à émerger voient le jour dans de petites villes  Il est temps que d’autres municipalités leur emboîtent le pas et mobilisent massivement les habitants et entreprises locales en faveur d’une plus grande utilisation des énergies renouvelables pour tous les usages, de la production d’eau chaude au chauffage urbain.

Des cadres règlementaires très différents

Bosnie-Herzégovine : Le rapport final de 2018 du Ministère du commerce extérieur et des relations économiques de Bosnie-Herzégovine recommande des dispositifs d’incitation pour les projets d’énergie citoyenne. Dans certaines régions du pays, l’énergie citoyenne est déjà institutionnalisée (par ex. les coopératives énergétiques peuvent faire commerce de l’énergie).

Serbie : En 2005, la Serbie confirmait son souhait d’adopter l’acquis de l’Union en signant le traité instituant la communauté de l’énergie. Cette signature implique de coordonner activement les politiques énergétiques et climatiques, et donc pour la Serbie de mettre en œuvre les objectifs de l’UE dans ce domaine. Actuellement, il n’existe pas de coopérative énergétique dans le pays, faute d’incitation à en créer et par manque de volonté des institutions financières à prendre des risques.

Croatie : La stratégie de développement de l’énergie à l’horizon 2030 adoptée en février 2020 met l’accent sur l’énergie citoyenne. Un projet de loi sur l’énergie citoyenne photovoltaïque avait été présenté en 2015.

Energy Cities compte parmi ses membres directs 8 villes de Croatie, 3 de Serbie, sans compter le réseau régional NALAS basé en Macédoine du Nord.