L’Europe fixe le cap, les Heat Heroes passent à l’action

L’Union européenne a fixé le cap vers un chauffage et un refroidissement sans énergies fossiles. Il est désormais essentiel de donner aux villes et aux communes les moyens d’agir.


Aucune directive ne chauffera, à elle seule, un seul logement. Tout se joue sur le terrain, dans les villes et les communes, grâce aux autorités locales et à celles et ceux que nous appelons nos Heat Heroes, nos héros et héroïnes de la chaleur. Mais de quoi ont-ils besoin pour y parvenir ?

L’ambition européenne de sortir des énergies fossiles

Ces dernières années, l’Union européenne a mis en place des cadres de plus en plus clairs pour sortir des énergies fossiles et évoluer vers des systèmes énergétiques plus propres, plus sûrs et plus abordables. Depuis le Pacte vert pour l’Europe, cette ambition s’est traduite en mesures législatives, de la refonte de la directive sur l’efficacité énergétique au plan d’action pour l’électrification publié en juillet dernier, qui vise à accélérer le passage des énergies fossiles à l’électricité lorsque cela est pertinent. Plus tard cette année, la Commission européenne devrait également présenter sa très attendue stratégie pour le chauffage et le refroidissement, venant ainsi renforcer les efforts de l’Europe en faveur de la décarbonation.

Reste une question : comment traduire cette ambition européenne en actions concrètes ? C’est là que les municipalités entrent en jeu. Les collectivités locales sont particulièrement bien placées pour combiner différentes solutions et façonner la transition énergétique.

C’est sur le terrain que la transition prend forme

La mise en œuvre de ces solutions relève avant tout du local. Elle se joue dans nos territoires, rue après rue et bâtiment après bâtiment. C’est ce que nous mettons en lumière à travers notre mouvement Making Heat Safe : les collectivités locales sont celles qui garantissent la sécurité de l’approvisionnement énergétique de leurs habitants, préservent l’accès à une énergie abordable pour les ménages et préparent l’avenir en modernisant les infrastructures et en développant des solutions innovantes.

Elles connaissent leur territoire mieux que quiconque. Elles savent quels quartiers sont les plus exposés à la précarité énergétique, quels bâtiments sont les moins performants, où les énergies renouvelables locales et la chaleur fatale peuvent être valorisées, et quels réseaux doivent être modernisés. Elles constituent également l’échelon de gouvernance le plus proche des citoyens, ce qui les place en première ligne pour instaurer la confiance et susciter l’adhésion nécessaires à un changement durable.

Dans cette perspective, l’un de nos Heat Heroes, Anthony Nappez, vice-président de Grand Besançon Métropole, souligne l’importance de la mobilisation de chacun :

À elle seule, la population du Grand Besançon ne peut pas mettre fin au changement climatique mondial. Cependant, si chacun comprend les enjeux et est prêt à agir, le territoire peut atteindre ses objectifs d’atténuation du changement climatique et s’adapter aux changements déjà en cours.

Et il est loin d’être le seul à partager cette vision. Lors de notre forum annuel en avril, nous avons rencontré de nombreuses personnes qui travaillent quotidiennement sur les questions de chaleur. La plupart partagent le même espoir : voir l’ère des énergies fossiles toucher à sa fin et nos villes fonctionner grâce aux énergies renouvelables. Lorsque nous avons demandé aux participants comment ils imaginaient leur système de chauffage dans dix ans, Thijn de Voogd, coordinateur de projets européens à la ville d’Arnhem, a répondu : « Une augmentation de 75 % du chauffage et du refroidissement sans énergies fossiles. » Esther van der Sluijs, consultante en décarbonation pour la ville de Vienne, a quant à elle imaginé un avenir dans lequel « de nombreuses sources d’énergie renouvelable seraient utilisées. »

Thijn de Voogd, coordinateur de projets européens à la ville d’Arnhem
Esther van der Sluijs, consultante en décarbonation pour la ville de Vienne

Ne laissons pas nos Heat Heroes seuls face aux défis

Si les solutions se trouvent à l’échelle locale, le soutien doit lui aussi être au rendez-vous sur le terrain. C’est ce que nous disent les collectivités : elles ont besoin de davantage de ressources, de moyens humains et de soutien pour transformer leurs plans en projets concrets. La transition énergétique est un long cheminement que personne ne peut accomplir seul. Elle nécessite une coopération entre tous les échelons de gouvernance.

Les États membres ont également un rôle essentiel à jouer dans la mise en œuvre de l’article 25, paragraphe 6, de la directive sur l’efficacité énergétique, qui impose aux municipalités de plus de 45 000 habitants d’élaborer des plans locaux de chauffage et de refroidissement. La date limite pour transposer cette disposition en droit national était fixée au 11 octobre 2025. Pourtant, comme l’a montré notre suivi de la transposition des directives européennes en octobre 2025, seuls huit États membres avaient transposé l’article 25, paragraphe 6, ou mis en place un cadre juridique adapté, tandis que dix-neuf n’avaient pas respecté l’échéance.

Près d’un an plus tard, la situation reste loin d’être satisfaisante. Pour savoir où en est chaque État membre, restez à l’écoute : notre EU Tracker consacré aux plans locaux de chauffage et de refroidissement sera bientôt mis à jour.

Mais inscrire ces exigences dans la législation n’est qu’une première étape. Pour nos Heat Heroes, l’essentiel se joue ensuite : les règles nationales se traduiront-elles par des financements, un accompagnement technique et des responsabilités clairement définies à l’échelle locale ? Découvrez le mouvement Making Heat Safe.

Photo: Sam Glazier